Coronavirus: dans l’industrie, les transports ou à la Poste, craintes de contamination au travail

PARIS, 17 mars 2020 (AFP) – Ouvriers au travail proches les uns des autres, conducteurs sans gel désinfectant, caissières sans masque, postiers et employés de banque sans protection: des syndicats dénoncent les conditions sanitaires dans certains secteurs où le télétravail n’est pas une option de repli face au coronavirus.

– Transports –

Côté transports en commun, l’Unsa accuse « la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS) et d’autres entreprises » de laisser « les salariés dans une situation intolérable et dangereuse ».

Pour ces personnels toujours au travail, « pas de gel en quantité suffisante », pas de protection, avec des passagers « dans chaque bus ou tramway » et des « menaces à l’encontre des salariés posant leur droit de retrait pour le respect de leur santé », dénonce le syndicat.

Côté transport des marchandises, FO demande « l’arrêt des transports non essentiels ». Confrontés à la fermeture des bars et restaurants, les routiers « n’ont plus de quoi se restaurer et faire leur toilette », alors qu’ils « sont exposés » au virus, souligne le syndicat: « les conditions de santé au travail ne sont plus réunies ».

– Poste et logistique –

« Une bouteille d’eau, un paquet de mouchoirs jetables et un sac poubelle: c’est tout ce que la Poste a fourni aux facteurs au lendemain de l’allocution du président de la République annonçant le confinement » des Français, proteste François Marchive, de SUD PTT Isère-Savoie.

La distribution du courrier était maintenue mardi, mais des facteurs ont fait valoir leur droit de retrait partout en France.

Dans le secteur logistique, les entrepôts restent ouverts et ont été autorisés à fonctionner même le dimanche.

Chez Amazon, le personnel s’inquiète: « les salariés sont contraints d’aller travailler sous la menace de sanctions », selon Julien Vincent, délégué CFDT. L’entreprise « ne reconnaît pas le droit de retrait et ne met en place aucune mesure sanitaire sérieuse, à part quelques flacons de gel », indique-t-il.

Près de Douai (Nord), au moins 200 salariés de l’entrepôt Amazon ont exercé leur droit de retrait mardi, d’après la CFDT.

Les syndicats CGT et SUD appellent de leur côté à des débrayages.

Amazon, qui anticipe une hausse de ses livraisons, assure avoir mis en place « des mesures sanitaires strictes », comme le lavage des mains et les distances de sécurité. « Impossible de mettre en oeuvre des distances de sécurité, sinon on ne peut pas travailler », affirme M. Vincent.

– Commerces et banques –

Les commerces alimentaires, pharmacies, marchands de journaux ou pressings sont autorisés à ouvrir. Mais la situation est chaotique: beaucoup de personnels de caisse ne portent ni masque ni gants, la distance de sécurité est peu ou pas respectée.

La CFDT réclame une « protection obligatoire des salariés au contact de la clientèle » et estime qu’à défaut de stocks disponibles, « les pouvoirs publics doivent fournir les entreprises » en matériel de protection. « L’entrée dans les magasins doit être régulée » et « des solutions de garde d’enfant fournies pour le personnel obligé de travailler ».

Dans l’agroalimentaire, FO réclame « un retour financier par prime exceptionnelle ou tout autre élément de salaire ».

Les banques doivent également répondre présentes. « On arrive à trouver du gel hydroalcoolique et des gants dans certains endroits mais, pour les masques, ce n’est pas la peine », explique Frédéric Guyonnet, président du SNB/CFE-CGC, premier syndicat du secteur.

« On demande à baisser le rideau dans les agences pour permettre de recevoir les clients à l’intérieur mais un à un », ajoute-t-il. « Les gens sont inquiets, ils ne comprennent pas pourquoi on les oblige à travailler sans protection » et dans les agences, « partout c’est la débrouille ».

– Cimenteries –

Chez LafargeHolcim Ciments, Sylvain Moreno, délégué CGT, est « profondément en colère ». « Impossible de mettre en place efficacement les mesures barrières » contre le virus car « les équipes de fabrication et surtout de maintenance travaillent souvent proches les unes des autres », par exemple pour « changer du matériel défectueux », souligne-t-il.

Pour la direction, « il en va de l’intérêt collectif » que certains sites « restent ouverts pour le moment », car des clients du groupe sont « encore au travail », explique François Petry, directeur général de LafargeHolcim France.

Sur le terrain, il faut « garantir la distanciation et les gestes barrières », revoir l’organisation pour « poursuivre l’activité en mobilisant le minimum de personnel », préconise-t-il dans une note au personnel, dont l’AFP a eu copie.

er-mpf-esp/cel/cbn