Coronavirus: des primes pour remonter le moral des troupes

PARIS, 15 avril 2020 (AFP) – Hôpitaux, Ehpad, fonctionnaires, mais aussi ménages les plus pauvres: le gouvernement va distribuer d’ici fin mai primes et aides à foison pour remercier ses agents en première ligne face au coronavirus et éviter qu’une crise sociale ne s’ajoute à la crise sanitaire.

Le chef ordonne, l’intendance suit: Emmanuel Macron avait promis fin mars « une prime exceptionnelle » et des heures supplémentaires majorées « pour l’ensemble du personnel soignant (et) des fonctionnaires mobilisés ».

Trois semaines plus tard, ces mesures de « reconnaissance » ont été présentées mercredi en Conseil des ministres.

Honneur d’abord au membres du personnel hospitalier qui bénéficieront tous d’une majoration de 50% des heures supplémentaires effectuées pendant l’épidémie et recevront tous une prime d’au moins 500 euros, voire 1.500 euros pour ceux travaillant dans des établissements ou services accueillant des malades du Covid-19.

Exemptées d’impôts et de cotisations sociales, ces gratifications coûteront au total 1,3 milliard d’euros, a précisé le ministre de la Santé Olivier Véran, ajoutant qu’une récompense similaire serait « très rapidement discutée puis attribuée dans tout le secteur du médico-social et notamment les Ehpad ».

L’État dépensera par ailleurs « un peu plus de 300 millions d’euros » pour verser jusqu’à 1.000 euros net à quelque 400.000 fonctionnaires, selon le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin.

Une prime « en fonction de la durée d’engagement » que les collectivités locales auront également « la possibilité de verser » à leurs agents, a ajouté le Premier ministre, Edouard Philippe.

Mais les intéressés en attendaient davantage. « Soumises au bon vouloir et moyens financiers des employeurs » territoriaux, « ces primes ne remplaceront jamais les nécessaires hausses de salaires revendiquées de longue date par les agents », a réagi la CGT Fonction publique.

« Une prime? N’importe quoi! Annoncez des revalorisations salariales si vous voulez sauver l’hôpital public », a tweeté le Collectif Inter-Hôpitaux, fer de lance d’un mouvement de grève dans le secteur ces derniers mois.

– « Boucler les fins de mois » –

« Nous voulons une reconnaissance salariale de nos compétences et de nos responsabilités, pas une prime par ci, une prime par là », a insisté le syndicat infirmier SNPI.

Les soignants gardent en mémoire que M. Macron avait aussi pris « l’engagement (…) qu’à l’issue de cette crise un plan massif d’investissement et de revalorisation de l’ensemble des carrières [serait] construit pour notre hôpital ».

Le secteur privé n’est pas en reste: en Île-de-France, « des centaines de médecins libéraux (…) ne sont pas rémunérés » pour les gardes qu’ils assurent « en réanimation, soins critiques ou urgences » dans des cliniques, alors qu’il serait « légitime de leur attribuer une indemnité financière », selon l’Union régionale des professionnels de santé (URPS).

Loin d’avoir apaisé sa « première ligne », l’exécutif doit par ailleurs ménager les plus démunis. Une « aide d’urgence » de 150 euros sera ainsi versée le 15 mai aux allocataires du RSA et aux chômeurs en fin de droits.

S’y ajoutera un pécule de 100 euros par enfant à charge, également octroyé aux familles bénéficiant d’aides au logement.

Au total, 4,1 millions de foyers, incluant 5 millions d’enfants, se partageront 900 millions d’euros.

Une compensation pour ceux qui ne peuvent plus « boucler leurs fins de mois » avec « des petits travaux » et dépensent plus pour nourrir leurs enfants du fait de « la fermeture des cantines qui proposent des tarifs sociaux », a expliqué M. Véran.

« Un geste bienvenu » pour l’Union nationale des associations familiales (Unaf), qui appelle les collectivités locales « à venir compléter cette aide exceptionnelle ».

Moins indulgent, le Collectif Alerte juge son montant « très insuffisant » et relève qu’elle « laisse de côté » les retraités et les jeunes de moins de 25 ans.

Ce regroupement d’associations de lutte contre la pauvreté espère « un relèvement rapide et significatif des minima sociaux dès la sortie de cette crise », afin d’éviter « un naufrage social ».

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