Coronavirus: l’Allemagne mise sur le système éprouvé du chômage partiel

FRANCFORT, 1 avril 2020 (AFP) – Au mois de mars en Allemagne, quand l’épidémie de coronavirus a mis l’économie à genou, 470.000 entreprises, tous secteurs confondus, ont demandé à ce qu’une partie au moins de leurs salariés touchent des allocations de chômage partiel.

Voici les détails d’un dispositif qui permet sauver nombre d’emplois et que d’autres pays copient.

– Comment cela marche –

Le dispositif du chômage partiel (« Kurzarbeit »), où l’Etat allemand prend en charge deux tiers du salaire des employés concernés, a été mis en place début 2009 en plein éclatement de la crise financière. Il a permis alors d’éviter des licenciements secs, le tout en attendant que l’activité redémarre.

En pleine crise de coronavirus, les employeurs peuvent y recourir dès lors que leur entreprise se trouve en perte temporaire d’au moins 10% de leur activité. Une fois un accord obtenu avec le comité d’entreprise, l’employeur s’adresse à l’Agence fédérale pour l’emploi qui va indemniser les employés, charges sociales patronales incluses, pendant une durée maximale de douze mois.

– Le prix payé pour sauver des emplois –

Avec la crise de 2009, 1,14 million de salariés en moyenne avaient bénéficié du chômage partiel, à partir d’un peu plus de 131.000 demandes provenant des entreprises. Le coût pour l’Etat jusqu’en 2012: 8,5 milliards d’euros. Une mesure payante, car le taux de chômage à fin 2009 affichait 7,6%, inférieur à celui de l’année 2008.

Cette fois la crise touche bien plus de secteurs de l’économie qu’en 2009, aussi le ministère allemand du travail s’attendait mi-mars à voir 2,35 millions de salariés mis en chômage partiel, pour un coût estimé de dix milliards d’euros. Les réserves de l’agence basées sur les cotisations s’élèvent elles à 26 milliards d’euros.

– Tous les secteurs sont touchés –

La plupart des secteurs de l’économie allemande sont touchés par cette vague de chômage partiel.

L’automobile, déjà fragilisée et frappée de plein fouet par la crise, est particulièrement concernée, à l’image des géants Volkswagen et BMW, ayant respectivement inscrit 80.000 et 20.000 de leurs collaborateurs au dispositif.

Le géant Daimler, qui n’a pour le moment pas donné de chiffres précis, s’attend à ce qu’une « grande partie » de ses « activités de production et de gestion » soit concernées.

Le conglomérat industriel Siemens est en discussion avec les représentants de ses salariés pour « déterminer où le chômage partiel est nécessaire ».

Dans la chimie, BASF a eu recours au dispositif dans certains sites industriels du pays, pour quelques centaines de salariés. Mais le groupe « se prépare rapidement » à un développement plus large « si nécessaire ».

Côté services, la mesure va concerner 11.00 salariés allemands chez le premier voyagiste mondial Tui, et ce du 1er avril jusqu’en septembre au moins, contre 31.000 salariés chez Lufthansa qui doit faire face à la chute drastique du trafic aérien.

– D’autres pays s’y mettent –

La France et la Grande-Bretagne ont introduit des programmes similaires à la « Kurzarbeit » alors que les ravages économiques du coronavirus s’intensifient.

Paris a annoncé que l’Etat couvrira près de 84% du salaire net jusqu’à une rémunération brute de 4,5 Smic. 337.000 entreprises ont fait une telle demande jusqu’à mardi soir pour au total 3,6 millions de salariés.

Londres a de son côté déclaré vouloir couvrir « en quelques semaines » 80% des salaires, payant jusqu’à 2.500 Livres Sterling (2.800 euros) par mois pour les personnes en perte d’activité du fait de la pandémie. Le dit programme va être appliqué rétroactivement au 1er mars et pour une durée initiale de trois mois.

Aux États-Unis, où une multitude de travailleurs bénéficient de maigres allocations chômage ou ont un travail précaire, un programme de sauvetage de 2.000 milliards de dollars adopté par Washington la semaine dernière prévoit des paiements uniques de 1.200 dollars aux Américains gagnant jusqu’à 75.000 dollars par an, plus 500 dollars par enfant.

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