Coronavirus: le ministère du Travail au charbon, entre « 3X8 » et « visio »

PARIS, 23 avril 2020 (AFP) – Entre « les 3X8 » et les visioconférences, le ministère du Travail est au charbon depuis fin mars avec la mise en place du chômage partiel et une dizaine d’ordonnances accompagnées de leur décrets, ainsi que des guides par métier sur la protection des salariés.

A côté de l’Elysée, de Matignon et des ministères de la Santé et de l’Economie, le ministère du Travail est lui aussi aux avant-postes de la crise du coronavirus.

Muriel Pénicaud, la ministre du Travail, au bout de près de trois heures d’audition à l’Assemblée mercredi soir, a expliqué qu’elle et ses collaborateurs travaillaient de « 15 à 18 heures par jour » et qu’elle n’avait pas « de bande passante » pour les sujets de moyen terme.

Son cabinet s’est d’abord attelé à élargir le dispositif de chômage partiel existant, avec l’idée d’éviter les licenciements, « sur le modèle allemand de 2008 », ne cesse-t-il de répéter.

Aux dires de certains syndicalistes, le succès immédiat du dispositif a même un peu dérouté le gouvernement, qui ne pensait pas par exemple que les chaînes automobiles s’arrêteraient aussi vite, avec en cascade leurs sous-traitants.

Il a fallu ensuite étendre et adapter le dispositif à d’autres publics, et pour le coup changer d’échelle en termes informatiques avec un système qui s’est vite retrouvé saturé. Tout n’est pas encore réglé.

Lors d’un « e-déplacement » en Sarthe jeudi, c’est-à-dire des tables rondes en « visioconférence » depuis la rue de Grenelle avec élus locaux, partenaires sociaux et chefs d’entreprises, des difficultés sont encore remontés.

Ainsi, « une centaine d’entreprises » de la Sarthe n’auraient pas encore obtenu leur code d’accès pour faire leur demande. Ils sont 65.000 salariés actuellement à bénéficier du dispositif dans ce département de l’Ouest.

Au niveau national, le système fonctionne très largement puisque un salarié sur deux est en chômage partiel. « Pas très loin du maximum », a pronostiqué la ministre à l’Assemblée. La facture, 24 milliards d’euros selon la dernière estimation, ne cesse de gonfler.

– Temps difficiles à l’horizon –

Installée jeudi dans une des salles habituellement réservées aux conférences de presse, Muriel Pénicaud, accompagnée de sa tasse de thé et de son spray hydroalcoolique — son chef de cabinet à bonne distance –, dit d’entrée qu’elle table sur « l’innovation et le dialogue social sur le terrain », comme en écho au déconfinement « adapté aux territoires » qui est en train de sourdre.

La ministre n’a pas fait de déplacement depuis le début du confinement. « Elle est là tous les jours et les week-ends », glisse un affable agent du ministère.

« Au début, c’était vraiment les 3X8 », lâche une des attachées de presse dans le hall du ministère, avec en mains un gros pot de lingettes, qui sert notamment à désinfecter les téléphones, dont celui de la ministre.

Des affichettes sur les gestes barrières ont été apposées à l’entrée, du gel hydroalcoolique cloué au mur… Le ministère est un peu désert, à l’image des entreprises et des rues de Paris.

Depuis le début de la crise, l’omniprésent directeur de cabinet, Antoine Foucher, entretient sa réputation de « gros bosseur ». Entre deux rendez-vous téléphoniques, il répond aux multiples questions des journalistes, qui s’emmêlent parfois les pinceaux dans les ordonnances et les décrets. Parfois la réponse tombe sur une boucle WhatsApp… à 1 heure du matin.

Marc Ferracci, conseiller spécial, vient lui aussi au ministère.

Après le « e-déplacement » sarthois, la ministre a continué jeudi son marathon de « visio »: avec les ministres de l’emploi du G20, puis les acteurs de l’apprentissage et de l’agro-alimentaire.

Deux à trois fois par semaine, l’équipe fait le point avec le patronat et les syndicats. Ces derniers n’ont pas réussi encore à convaincre la ministre d’abandonner la totalité de sa réforme assurance chômage, qui durcit les conditions d’accès alors que se profile des temps difficiles en matière d’emploi.

« Il va y avoir des licenciements économiques qui vont tomber, on ne pourra pas faire autrement », pronostique auprès de l’AFP une source syndicale, qui ne se fait guère d’illusions sur le « monde d’après » en termes de travail et de dialogue social.

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