Coronavirus: les hôteliers cherchent désespérément à préserver l’emploi

PARIS, 13 mars 2020 (AFP) – Pire que les effets combinés des « attentats terroristes, des gilets jaunes et des grèves »: désemparés face à la brutale chute d’activité causée par l’épidémie de coronavirus, hôteliers et restaurateurs cherchent désespérément à préserver l’emploi et sauvegarder leurs entreprises.

« On est dans un tunnel et on ne voit aucune lumière au bout: jusqu’à quand cela va-t-il durer? Comment l’activité pourra-t-elle repartir? On n’en sait rien », déplore auprès de l’AFP Roland Héguy, président de l’Umih, principale organisation patronale de l’hôtellerie-restauration.

Selon un sondage réalisé par l’Umih auprès de 4.056 entreprises adhérentes (50% de restaurants et brasseries, 21% de cafés et bars, 18% d’hôtels) neuf sur dix disent subir une baisse de fréquentation de l’ordre de 30% depuis début mars, et jusqu’à 80% dans les zones confinées. Près d’une sur deux (44%) envisage de mettre ses salariés au chômage partiel.

Les « mesures fortes et exceptionnelles, à la hauteur de la crise » annoncées jeudi soir par Emmanuel Macron, visent à « éviter les faillites d’entreprises et à protéger les indépendants » afin de permettre un rebond « immédiatement après le pic de l’épidémie », a réagi vendredi M. Héguy auprès de l’AFP.

Le président de la République a annoncé que l’Etat indemniserait les salariés « contraints à rester chez eux » via un « mécanisme exceptionnel et massif de chômage partiel » et un report « sans justification, formalité, ni pénalité » du paiement des cotisations et impôts dûs en mars pour les entreprises.

Car pour l’ensemble du secteur, les difficultés sont sévères.

« Tout le marché hôtelier est impacté de façon incroyable. Si on mettait ensemble, les effets des attentats terroristes, des gilets jaunes et des grèves, on n’arriverait pas à cela: les annulations sont massives », confie à l’AFP la directrice générale d’un grand hôtel de l’ouest parisien, propriété d’un groupe international.

– « Chambre à un euro » –

Dans la capitale, « peu d’hôtels dépassent 30% de taux d’occupation, cela va de 2% à 30% et les dommages collatéraux sur les prestataires, les entreprises de nettoyage, sont immenses. Nous essayons de mettre des choses en place pour préserver l’emploi mais c’est complexe », a ajouté la directrice, ne souhaitant pas être identifiée.

Pour les indépendants, les problèmes de trésorerie s’aggravent.

« On est carrément sur des prix qu’on n’a jamais vus depuis l’ouverture de l’hôtel! C’est-à-dire qu’on est à 50% du prix qui est déjà affiché par rapport à l’année dernière et malgré cela, on n’a pas de retombées de réservations », affirme Rachid Saidi, directeur d’exploitation de l’hôtel quatre étoiles Monsieur Cadet, dans le 9e arrondissement de Paris: « même si vous mettez la chambre à un euro, il n’y aura pas de gens qui viendront pour un euro! »

Jeudi soir, quelque 5.117 entreprises pénalisées par la propagation du nouveau coronavirus avaient demandé à bénéficier de mesures de chômage partiel pour environ 80.000 salariés et un coût de 242 millions d’euros, a indiqué vendredi la ministre du Travail Muriel Pénicaud.

Le tourisme, la restauration, l’événementiel et les transports sont particulièrement affectés par les annulations en cascade.

L’annonce par le président américain Donald Trump de la suspension des voyages en provenance d’Europe vers les Etats-Unis pour 30 jours, et dans la foulée, celle du département d’Etat qui a exhorté les Américains à éviter tout voyage à l’étranger, ont consterné le secteur.

« En 2019, il y avait 5 millions d’Américains qui sont venus sur le sol français, et jusque-là ils maintenaient leurs déplacements. L’impact va se multiplier très rapidement, dans les heures et les jours à venir, beaucoup de pays vont prendre ces dispositions-là », craint M. Héguy.

En France, dans le secteur hôtelier, « l’essentiel c’est la clientèle intérieure d’affaires, qui remplit les hôtels du lundi au vendredi, et les voisins européens, notamment les Italiens. Or l’annulation des évènements et les restrictions de voyages » frappent ces clientèles de plein fouet, souligne un analyste du secteur, ne souhaitant pas être nommé.

« Si ça s’arrête mi-avril, cela n’aura été qu’un cauchemar », estime-t-il. Mais si la crise va jusqu’au début de l’été et qu’on enchaîne avec une récession mondiale, cela sera beaucoup plus tendu ».

Au Parc des expositions de la Porte de Versailles, qui accueille chaque année plus de 7,5 millions de visiteurs, plus des deux tiers des 31 salons prévus de mars à octobre sont reportés.

Contactés par l’AFP, des hôteliers implantés à proximité n’ont pas souhaité s’exprimer sur leurs difficultés.

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