Coronavirus: vive inquiétude pour l’emploi chez Daher, sous-traitant d’Airbus

TARBES, 17 avril 2020 (AFP) – Les syndicats de l’équipementier aéronautique Daher ont exprimé vendredi leurs vives inquiétudes concernant d’éventuelles suppressions d’emplois, jusqu’à 3.000 selon la CFDT, au sein de ce sous-traitant d’Airbus fragilisé par le ralentissement de l’activité aéronautique, depuis le début de l’épidémie de Covid-19.

Dans un communiqué, la CFDT métallurgie évoque « un risque de réduction d’effectifs après le chômage partiel » et indique que « la perte de chiffre d’affaires estimée à ce jour par la direction en 2020 est de 400 millions d’euros, sur les 1,3 milliard attendu ».

Le texte précise également qu’un redressement du chiffre d’affaires et un retour à l’équilibre ne semblent pas envisageables avant 2022 ou 2023.

Après la réunion du 9 avril entre les syndicats et la direction, la CFDT alertait dans un tract interne, dont l’AFP a pris connaissance, qu’environ 3.000 emplois pourraient être menacés, dont 1.300 en CDI, sur les 10.000 postes que compte le groupe dans le monde.

Pour Jerôme Crespin, coordinateur de la CFDT chez Daher, il y a un « risque réel sur l’emploi », qui « concerne toute la filière aéronautique ».

« On nous a donné ces chiffres sans nous donner le détail. On ne sait pas quelles régions ou quels sites seront les plus impactés », a renchéri Boubacar Diop, délégué syndical CGT chez Daher Technologie.

« Cela nous semble très précipité d’aller sur des licenciements massifs en plein confinement. Et puis, ce n’est pas respecter les salariés que de leur demander, en plein confinement, de faire des efforts pour reprendre le travail, et en même temps, leur annoncer qu’il y aura des suppressions de postes massives. C’est aberrant », selon lui.

La direction de Daher explique de son côté que « la baisse des cadences de production de [ses] clients, avionneurs et motoristes, entraîne une baisse d’activité de l’ordre de 30% pour 2020 ».

« Face à cette situation exceptionnelle, Daher a immédiatement lancé l’analyse de l’ensemble des mesures possibles, avec le souci de limiter l’impact sur l’emploi », selon la direction, sans pour autant donner de chiffres.

« Les plans d’action nécessaires à l’adaptation du groupe seront élaborés en concertation avec les représentants des salariés, sur la base d’un diagnostic partagé », assure la direction de cette entreprise familiale créée en 1863.

La semaine dernière, Airbus, dont le siège est dans l’agglomération toulousaine et qui fait travailler de nombreux sous-traitants dans la région, a annoncé une baisse de ses cadences de production.

La branche aéronautique de Daher représente environ 80% de l’activité du groupe, qui travaille également dans les secteurs de l’automobile ou du nucléaire.

L’inquiétude est notamment vive dans les Hautes-Pyrénées, où Daher est le premier employeur privé du département. Le site de Louey, près de Tarbes, emploie 1.500 personnes, dont 230 intérimaires.

« On est dans l’attente de précisions, confie un salarié du site tarbais. On est dans le flou absolu pour l’instant ».

Daher est présent dans treize pays, notamment en Allemagne, en Chine, en Malaisie, aux États-Unis, au Maroc, au Royaume-Uni ou encore au Mexique et possède une trentaine de sites en France.

Les équipementiers aéronautiques constatent un « effet domino » durable de la crise du coronavirus sur leurs activités et tablent sur une « solidarité de la filière » pour pouvoir tenir et rebondir.

Avec un effondrement du trafic mondial de 80% début avril par rapport à 2019, les compagnies aériennes, dont la moitié risque d’être à court de liquidités d’ici trois mois selon l’Association internationale du transport aérien (Iata), sont à genoux.

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