Covid-19 : 25 % des Européens ont perdu temporairement ou définitivement leur emploi, 50 % des actifs ont vu leur temps de travail réduit (Etude)

PARIS, 13 mai 2020 – Une impressionnante étude menée par la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail révèle l’ampleur des premiers dégâts de la crise de Covid-19 sur le bien-être des Européens. Résultat : 25 % d’entre eux sont sans emploi, selon les premiers résultats publiés par Eurofound, qui portent sur une période où la plupart des pays européens étaient soumis à des régimes de confinement mis en place par les gouvernements afin de contrôler et de ralentir la propagation du Covid-19 au sein de la population.

Afin de saisir les effets économiques et sociaux immédiats de la crise de Covid-19, la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail (Eurofound) a lancé, le 9 avril dernier, une enquête en ligne à grande échelle dans toute l’UE et au-delà. Intitulée Living, working and Covid-19, elle a pour but d’étudier l’impact de cette crise sur le bien-être, le travail, le télétravail et la situation financière des personnes vivant en Europe. Au 30 avril, plus de 85000 personnes avaient déjà participé à cette enquête en ligne qui reste accessible au cours des prochains mois afin de saisir l’impact dans le temps de la pandémie sur la vie et le travail dans l’UE. Les résultats finaux seront publiés en septembre 2020. Selon les premiers résultats, de nombreux répondants font état d’un niveau élevé de solitude associé à un faible niveau d’optimisme quant à leur avenir. Dans l’ensemble, les gens soulignent une certaine diminution de leur bien-être. Ils font également part d’une chute spectaculaire de la confiance dans l’UE et dans leurs gouvernements nationaux, avec de faibles niveaux signalés dans de nombreux pays. L’enquête confirme également une augmentation du télétravail et, pour un nombre croissant de répondants, un sentiment d’insécurité concernant leur emploi avec une diminution spectaculaire du temps de travail. Enfin, l’enquête brosse un tableau très sombre des personnes dans les 27 États membres qui ont vu leur situation économique se détériorer et qui sont profondément inquiètes quant à leur avenir financier.

Une première atteinte au bien-être des Européens

En avril 2020, le « bien-être subjectif » des personnes interrogées (le niveau de bien-être perçu) était relativement modéré: dans l’ensemble de l’UE, les gens ont évalué leur satisfaction dans la vie à 6,3 en moyenne et leur bonheur à 6,4 sur une échelle de 1 à 10. Ces deux notes sont inférieures à celles attribuées dans les enquêtes en face à face menées auprès de la population générale, comme l’enquête européenne sur la qualité de vie (EQLS) qui, en 2016, a mesuré la satisfaction de vivre moyenne de l’UE à 7 et le bonheur à 7,4. Dans l’enquête Covid-19, les personnes âgées de 50ans ou plus ont un niveau de satisfaction (6,4) et de bonheur (6,5) légèrement supérieur à celui des groupes d’âges jeunes et moyens, qui ont attribué respectivement 6,2 et 6,1 à la satisfaction de vivre et 6,3 au bonheur. Les personnes au chômage ont une satisfaction de vie significativement plus faible que la moyenne (4,7points). Dans l’UE, le bonheur se trouve une fois de plus dans le Nord: le Danemark et la Finlande ont les notes les plus élevées (7,4 et 7,3 respectivement). Quant à la France, elle figure parmi les pays où la satisfaction de vivre moyenne est la plus faible (5,9), « une position qu’elle n’occupe généralement pas dans les autres enquêtes menées avant la crise Covid-19 », souligne Eurofound.

Un optimisme dans leur propre avenir qui s’effondre

La crise provoquée par la pandémie a eu un effet énorme sur l’optimisme des gens quant à leur propre avenir. Seulement 45 % d’entre eux se déclaraient optimistes quant à leur propre avenir en avril 2020, contre 64 % dans l’enquête européenne sur la qualité de vie en 2016. Les pays de l’UE les plus touchés par la pandémie – Belgique, France, Italie et Espagne – sont parmi les moins optimistes quant à leur avenir, leur note étant inférieure à la moyenne de l’UE. Avec à peine un tiers d’optimistes, la France est à l’avant-dernière place dans le classement, juste avant la Grèce (31%) qui ferme la marche. L’optimisme diminue avec l’âge : 53% des moins de 35 ans se déclarent optimistes, contre seulement 41% des plus de 50 ans. Les chômeurs sont les moins optimistes quant à leur avenir (26%), et il existe également une différence notable entre les salariés (50 %) et les indépendants (43 %). Lorsqu’on leur demande s’ils sont optimistes quant à l’avenir de leurs enfants et petits-enfants, les réponses sont encore plus faibles : la proportion la plus élevée est de 36 % chez les personnes d’âge moyen (35-49ans), contre 33 % chez les plus jeunes (18-34 ans) et 32 % chez les plus âgés (50ans et plus).

Un bien-être mental en berne dans un océan de solitude

L’enquête utilise l’indice de bien-être mental élaboré par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le WHO-5, qui mesure l’humeur des personnes au cours des deux semaines précédentes sur la base de cinq déclarations de sentiments positifs : « Je me suis senti joyeux et de bonne humeur »; « Je me suis senti calme et détendu »; «Je me suis senti actif et vigoureux»; «Je me suis réveillé frais et dispos »; « Ma vie quotidienne a été remplie de choses qui m’intéressent ». Ensuite, le bien-être mental est mesuré sur une échelle de 0 à 100. Parmi les répondants à l’enquête Covid-19, le bien-être mental moyen était relativement faible, à 59 (contre 64 dans l’EQLS de 2016), avec relativement peu de différences entre les pays allant de 56 en Grèce à 65 au Danemark. Au niveau européen, le bien-être mental était le plus faible parmi les personnes incapables de travailler en raison d’un handicap ou d’une maladie (48) et les chômeurs (49). Les personnes âgées de 50 ans ou plus présentaient un bien-être mental (60) plus élevé que les moins de 35 ans et les 35-49 ans, avec des scores respectifs de 56 et 57. Un aspect du bien-être qui a été mis en évidence pendant la crise est la solitude. Au niveau de l’UE, 16 % des répondants – et 20 % des moins de 35 ans– ont déclaré être seuls « tout le temps ou la plupart du temps » au cours des deux semaines précédentes. Ce résultat est très différent des conclusions habituelles d’autres enquêtes : dans l’EQLS de 2016, la solitude était évaluée à seulement 6% dans l’ensemble et à 4% pour les moins de 35 ans. Cela signifie probablement que les jeunes ont le sentiment d’avoir été plus touchés par les restrictions que les autres groupes d’âges, avec l’annulation d’événements sociaux et l’impossibilité de rencontrer leurs amis et leur famille en dehors du foyer (bien que les personnes âgées aient subi des restrictions plus sévères dans de nombreux pays). Dans l’ensemble, la solitude est la plus fréquente chez les répondants en France (23%) et la moins fréquente en Finlande (9%). L’anxiété due aux conséquences sanitaires, sociales et économiques de la crise a également été prédominante. Interrogés sur leur sentiment de tension, 18 % des répondants de l’UE ont déclaré se sentir particulièrement tendus la plupart du temps au cours des deux dernières semaines, ce qui contraste avec les 11% seulement de l’EQLS de 2016. Les résultats montrent que le sentiment de tension est plus fréquent chez les répondants des groupes les plus jeunes et d’âge moyen (21 % chacun) que chez ceux de plus de 50 ans (16%). Les personnes incapables de travailler en raison d’un handicap ou d’une maladie, ainsi que les chômeurs, étaient nettement plus susceptibles de se sentir tendus (30 % et 29 % respectivement) que les salariés (18 %) et les indépendants (23 %). Les répondants de Bulgarie ont signalé le plus souvent des tensions (30 %) et ceux du Danemark le moins souvent (6 %). Un pourcentage légèrement plus faible a déclaré se sentir découragé et déprimé la plupart du temps, avec une moyenne de 13 % et 16 % des jeunes. Dans l’EQLS de 2016, cet indicateur n’était cependant que de 6 % dans l’ensemble de l’UE. Les répondants de Bulgarie, de Grèce, de Pologne et de France étaient les plus susceptibles de déclarer s’être sentis déprimés au cours des deux semaines précédentes.

Une forte défiance à l’égard de l’UE et des gouvernements

« En frappant les fondements de nos sociétés, la pandémie de Covid-19 a eu un impact considérable sur la confiance des gens dans les institutions et les prestataires de services », constate Eurofound. La crise pourrait être considérée comme une opportunité pour les médias d’atteindre plus de consommateurs, car les gens du monde entier ont suivi de près les nouvelles concernant la propagation du virus et les mesures de confinement. Toutefois, la confiance dans les médias a été jugée assez faible dans cette enquête : parmi les répondants de l’UE dans son ensemble, elle n’était que de 4,6 sur une échelle de 1 à 10, près des deux tiers des pays de l’UE ayant une note inférieure à 5. Le score est particulièrement bas en France (3,9). Les personnes interrogées ont également indiqué un faible niveau de confiance dans les gouvernements nationaux, les autorités principalement responsables des mesures mises en place pendant la crise : cette confiance a été évaluée à 4,8 dans l’ensemble de l’UE. Par rapport à la confiance dans les médias, les variations entre pays sont plus importantes pour cet indicateur, les répondants de la Finlande et du Danemark ayant un niveau de confiance supérieur à 7, et six autres pays ayant un niveau inférieur à 4. Il est intéressant de noter, et cela reflète peut-être le manque perçu de stratégie coordonnée, que la confiance dans l’UE est en moyenne encore plus faible que la confiance globale dans les gouvernements nationaux : 4,6 dans tous les pays de l’UE, les répondants de la Finlande, de l’Irlande et du Danemark faisant le plus confiance à l’UE et ceux de la France (3,8, encore pire que la confiance dans le gouvernement à 3,9), de la République tchèque et de la Grèce faisant le moins confiance. Il est inhabituel qu’une enquête mesure une confiance dans l’UE inférieure à la confiance moyenne dans le gouvernement: l’Eurobaromètre du printemps 2019 a mesuré la confiance dans l’UE aux niveaux les plus élevés depuis la Grande Récession (2007-2012) et bien avant la confiance dans le gouvernement (44 % faisaient confiance à l’UE et seulement 34 % au gouvernement national). Dans l’enquête Covid-19, la confiance dans l’UE était la plus faible parmi les chômeurs et ceux qui sont incapables de travailler pour des raisons de santé ou d’invalidité.

Les répondants ont également été interrogés sur leur confiance dans deux institutions nationales qui jouent un rôle important dans la lutte contre le Covid-19 : la police et le système de santé. Les répondants de l’UE font davantage confiance à ces deux institutions qu’aux gouvernements (6,2 et 6,4 respectivement). Le secteur des soins de santé a joué un rôle particulièrement important dans la prise en charge des patients atteints du Covid-19, les travailleurs mettant régulièrement leur vie en danger, ce qui a été largement couvert par les médias. Les répondants de Malte et du Danemark ont le plus confiance dans leur système de santé (8,1 et 8 respectivement), et la Hongrie a le moins confiance (3,9). Dans les pays les plus durement touchés (notamment l’Espagne, mais aussi la Belgique, l’Italie et la France), la confiance dans le système de santé était supérieure à la moyenne de l’UE.

Un quart des Européens ont déjà perdu leur emploi

Plus d’un quart des Européens ont déjà perdu leur emploi : 5 % des répondants dans l’UE ont déclaré avoir perdu leur emploi de façon permanente: 4,4 % en France et des pointes à 10,6 % en Bulgarie, 8,6 % en Pologne et 8,3 % en Hongrie. De plus, 23 % ont déclaré avoir perdu leur emploi de façon temporaire : 25,4 % en France et les scores les plus élevés sont enregistrés en Grèce (41,8 %) en Slovénie (36,8 %), à Chypre (36,4 %) et en Roumanie (36,6 %). « Reste à savoir combien parmi les 23 % retrouveront vraiment leur emploi », s’inquiète Juan Menéndez-Valdés, directeur d’Eurofound. Les mesures visant à limiter les contacts physiques afin de tenter d’enrayer la pandémie ont entraîné la fermeture sans précédent de lieux de travail dans le monde entier. « L’arrêt de l’activité économique a mis en danger de nombreux emplois, ceux qui ont été perdus au cours des premières semaines de confinement en mars n’étant qu’une petite goutte du déluge à venir», souligne Eurofound. En effet, Eurostat a enregistré qu’en mars 2020 le taux de chômage est passé à 6,6 % contre 6,5 % le mois précédent (mise à jour mensuelle par Eurostat au 30 avril 2020). Les hommes de moins de 35 ans semblent être un groupe un peu plus touché que le reste de la population (6 % déclarent avoir perdu définitivement leur emploi et 24 % de façon temporaire). « Cependant, relève Eurofound, l’estimation des implications des pertes « temporaires » est compliquée pour les travailleurs et les décideurs politiques, car les ajustements du marché du travail comprennent des réductions du temps de travail et des congés visant à préserver les emplois à court et moyen terme – alors que les changements structurels de l’économie peuvent encore se produire plus tard». En ce qui concerne les niveaux d’insécurité de l’emploi, 16 % des travailleurs de l’UE estiment qu’ils risquent de perdre leur emploi dans un avenir proche (7 % pensent que c’est « très probable » et 9 % « assez probable »). L’insécurité de l’emploi est la plus élevée dans plusieurs États membres de l’Est et du Sud, avec 20 % en Bulgarie et 15 % en Grèce, déclarant qu’ils estiment qu’il est très probable qu’ils perdent leur emploi en raison de la crise. En France, le score des répondants estimant qu’ils risquent de perdre leur travail dans un avenir proche est inférieur à la moyenne européenne, à 13,2% : 5,2 % jugent que la perte de leur emploi est « très probable » (contre 7 % pour la moyenne de l’UE).

Une forte réduction du temps de travail depuis le début de la pandémie

Les résultats indiquent que 50 % de la population active de l’UE a vu son temps de travail réduit. Plus d’un tiers (34 %) des personnes ayant un emploi ont déclaré que leur temps de travail avait « beaucoup » diminué, et 16 % qu’il avait « un peu » diminué. La Grèce (53,5 %), la France (48,2 %), l’Italie (46,7 %) et Chypre (44,6 %) sont des pays où environ la moitié des travailleurs ont déclaré que leur temps de travail avait « beaucoup » diminué. En France, 60% des répondants déclarent que leur temps de travail a beaucoup ou un peu diminué (troisième score le plus élevé derrière la Grèce et Chypre), ce qui s’explique par le recours massif au chômage partiel. « La réduction du temps de travail peut inclure la prise de congé sans solde et donc impliquer une réduction des revenus », ajoute Eurofound. En revanche, pour 7 % des travailleurs en moyenne dans l’UE, le temps de travail a beaucoup augmenté (7,6 % en France). Cette proportion est similaire dans de nombreux pays. La plus grande proportion de travailleurs dont le temps de travail n’a pas changé a été signalée en Suède, en Finlande et au Danemark (respectivement 52 %, 49 % et 45 %).

Un recours massif au télétravail parfois pendant le temps libre

Plus d’un tiers (37 %) des personnes travaillant actuellement dans l’UE ont commencé à télétravailler en raison de la pandémie – plus de 30 % dans la plupart des États (37,2 % en France, 11ème place, juste au-dessus de la moyenne de l’UE). Seuls cinq pays affichent des taux inférieurs à 30 % : Bulgarie, Hongrie, Croatie, Grèce et Roumanie. Les plus grandes proportions de travailleurs qui sont passés au travail à domicile se trouvent dans les pays nordiques et au Benelux (près de 60 % en Finlande et plus de 50 % au Luxembourg, aux Pays-Bas, en Belgique et au Danemark, et 40% ou plus en Irlande, en Suède, en Autriche et en Italie). Dans les pays où davantage de personnes ont commencé à travailler à domicile en raison de la pandémie, moins de travailleurs ont signalé une diminution de leur temps de travail. Ceux qui sont passés au télétravail pendant la pandémie sont principalement des personnes qui ont déjà eu une expérience de télétravail, ce qui se reflète également dans les différences entre les pays. Jusqu’à présent, parmi les personnes n’ayant jamais travaillé à domicile avant la pandémie, la proportion de celles qui ont commencé à télétravailler est plus faible (24 %) que celle des personnes qui ont déjà télétravaillé au moins parfois (56 %). Les résultats de l’enquête révèlent que 18 % des gens déclarent travailler pendant leur temps libre au moins un jour sur deux; cependant, plus d’une personne sur quatre (27 %) qui travaille à domicile en raison de la pandémie déclare le faire pendant son temps libre pour répondre aux exigences de son emploi (au moins un jour sur deux). Le télétravail deviendra-t-il bientôt «une réalité pour la plupart des travailleurs – une “nouvelle normalité”? » s’interroge Eurofound, qui prévient: pour qu’il soit durable, les défis habituels – tels que les heures supplémentaires qui sont liées au travail fondé sur les TIC « n’importe quand, n’importe où » (télétravail)– doivent être relevés.

Quel que soit le mode de travail, environ 30 % des travailleurs déclarent s’inquiéter pour leur travail lorsqu’ils ne travaillent pas. Il s’agit du score le plus élevé parmi les cinq dimensions du conflit entre le travail et la vie privée qui ont été incluses dans le sondage de l’enquête européenne sur les conditions de travail (EWCS). Cela est d’autant plus le cas pour les parents d’enfants demoins de 17ans. En règle générale, c’est cette même catégorie qui, logiquement, peine le plus à concilier vie privée et vie professionnelle.

Un équilibre vie professionnelle-vie privée difficile à trouver

En effet, les personnes ayant des enfants constituent un groupe particulièrement menacé par le changement des schémas de travail résultant de la pandémie de Covid-19, étant donné que, dans les circonstances actuelles, elles ne peuvent pas bénéficier de services de garde d’enfants et doivent, parfois, également superviser la scolarité à la maison. C’est notamment le cas des parents de jeunes enfants. Par exemple, plus d’une personne sur cinq (22 %) vivant avec de jeunes enfants (moins de 12 ans) a déclaré avoir des difficultés à se concentrer sur son travail tout le temps ou la plupart du temps, contre seulement 5 % des ménages sans enfants et 7 % avec des enfants âgés de 12 à 17ans. Le conflit travail-famille vécu par les personnes avec de jeunes enfants a toujours été légèrement plus fréquent que chez les personnes avec des enfants plus âgés ou sans enfants dans le ménage. Toutefois, la proportion de personnes ayant de jeunes enfants (moins de 12ans) qui ont du mal à partager leur temps entre leur travail et leur famille, ainsi qu’à se concentrer sur leur travail, est nettement plus importante que celle des autres groupes. Parmi les personnes travaillant à domicile, plus d’un quart (26 %) vivent dans des ménages avec des enfants de moins de 12 ans, et 10 % vivent avec des enfants âgés de 12 à 17 ans. « Il serait important de prendre en considération les besoins de ce grand groupe, recommande Eurofound, lors de la conception des aménagements du temps de travail et de la charge de travail, ainsi qu’en termes de congés et de mesures de soutien dans le nouveau contexte des règles de vie actuelles ou en évolution.»

Une situation financière préoccupante

L’enquête révèle une insécurité économique généralisée parmi les répondants. Beaucoup d’entre eux (38 %) déclarent que leur situation financière est désormais pire qu’avant la pandémie de Covid-19 (31 % pour la France). Ce résultat est presque le double de celui de l’EQLS de 2016, où 21% des Européens ont indiqué que leur situation s’était aggravée. En outre, 38% des répondants déclarant qu’ils pensent que leur situation financière va se dégrader dans trois mois (30 % pour la France). De fortes différences sont observées selon les pays, avec 48 points de pourcentage d’écart entre le pays ayant la proportion la plus faible (le Danemark à 12 %) et celui ayant la plus élevée (la Bulgarie à 60 %) de répondants déclarant que leur situation financière est maintenant pire qu’il y a trois mois. La proportion de ceux qui estiment que leur situation financière s’est détériorée depuis le début de la crise est plus élevée chez les 35-49 ans (44 %) que chez les plus de 50 ans (35 %). Les signes de détresse financière sont le plus souvent exprimés par les indépendants et les chômeurs : 52 % des indépendants et 49 % des chômeurs indiquent qu’ils craignent que leur situation financière ne se détériore au cours des trois prochains mois. Plus de la moitié des répondants (56 %) déclarent ne pas pouvoir maintenir leur niveau de vie pendant plus de trois mois sans revenu : 27 % n’ont aucune épargne et 29 % ont juste assez pour couvrir trois mois. Même dans les États les plus riches, plus d’un tiers des répondants déclarent ne pas avoir suffisamment d’économies pour se maintenir plus de trois mois sans revenu (par exemple, 35 % au Luxembourg, 40 % en Autriche, 42 % en Suède, 43 % au Danemark et 46 % aux Pays-Bas). Dans les pays qui ont été le plus durement touchés, on observe de fortes variations. Alors qu’en Italie la proportion de personnes qui pourraient s’en sortir pendant trois mois est similaire à celle des pays énumérés ci-dessus (45 %), les proportions sont beaucoup plus élevées en Espagne (53 %) et en France (59 %).

L’enquête révèle qu’en raison des implications économiques de la crise, davantage de ménages sont sous pression financière qu’avant le début de la crise. Près de la moitié des répondants (47 %) indiquent que leur ménage a des difficultés à joindre les deux bouts : un répondant sur dix déclare avoir de grandes difficultés, 13% disent avoir des difficultés et environ un sur quatre (24 %) déclare que son ménage a quelques difficultés à joindre les deux bouts. En comparaison, l’EQLS de 2016 a montré que 41 % des Européens éprouvaient des difficultés financières. Il est remarquable que la proportion de personnes déclarant avoir de grandes difficultés soit considérablement plus élevée pendant la pandémie (10 % contre 6 % pour l’EQLS).