Covid-19 : la « zone d’ombre » du bilan dans les Ehpad

PARIS, 25 mars 2020 (AFP) – 1.100 personnes décédées en France du coronavirus ? Le bilan est malheureusement inférieur à la réalité. En Ehpad ou à domicile, des personnes âgées succombent à l’épidémie de Covid-19, un triste et complexe décompte pour l’instant exclu du bilan quotidien du gouvernement.

« On ne sait pas aujourd’hui mesurer l’étendue des dégâts dans les maisons de retraite », a résumé mercredi le président de la Fédération hospitalière de France Frédéric Valletoux.

Cette « zone d’ombre », selon ses mots, est aussi reconnue par le directeur général de santé Jérôme Salomon, qui mardi, au moment d’annoncer un nouveau bilan de « 1.100 décès (…) à l’hôpital », a concédé qu’ils « ne représentent qu’une faible part de la mortalité ».

Problème, on ne sait pas non plus combien de victimes en Ehpad attribuer à l’épidémie.

« On ne dépiste plus systématiquement »

Vingt décès « en lien possible avec le Covid-19 » dans un Ehpad de Cornimont (Vosges), selon les autorités. A Saint-Dizier (Haute-Marne), 16 résidents d’une structure sont décédés et une quarantaine sont sur surveillance.

Dans un établissement de la fondation Rothschild à Paris, une dizaine de personnes sont décédées et près de 80 étaient positives au Covid-19, selon un bilan provisoire de l’ARS mardi.

A Thise (Doubs), ce sont 15 personnes qui ont trouvé la mort. Toutes présentaient les symptômes du nouveau coronavirus mais « c’est difficile de savoir si ces décès sont liés car on ne dépiste plus systématiquement les nouveaux cas », a précisé le porte-parole à l’AFP.

Même problème à Cornimont : « seuls les résidents hospitalisés ont été testés », explique la directrice Sophie Nivel. Ainsi, seulement six décès parmi les 20 peuvent être attribués formellement au Covid-19.

« Au sein même des Ehpad on ne teste que les deux premiers cas », explique Candice Morel, médecin généraliste à Ousse (Pyrénées-Atlantiques), qui regrette également que le personnel ne bénéficie pas toujours du matériel suffisant, notamment de surblouses.

Pourquoi deux tests ? Le ministère de la Santé le recommande dans un document du 16 mars: « seuls les premiers patients résidant dans une structure d’hébergement collectif (…) font l’objet d’un prélèvement. A partir du second cas confirmé, toute personne présentant un état symptomatique ou proche est alors présumée infectée ». Une consigne toujours d’actualité, selon le ministère contacté mercredi.

« Les autres cas sont ‘assimilés à des cas Covid-19’ sur la base du tableau clinique (caractéristiques et symptômes observés de la maladie, NDLR), mais ne sont pas comptabilisés car non testés », explique l’ARS d’Île-de-France.

La mortalité excessive comme baromètre ?

« Les hôpitaux partagent un système informatique, dans lequel ils enregistrent tous les événements, dont les décès. Pour ça, on a des données fiables », détaille le directeur communication de l’ARS Idf David Heard. « Mais ce système n’existe pas en-dehors. En Ehpad, les cas sont signalés par les directeurs d’établissements, il n’y a pas de remontée automatique.

Selon lui, on dénombrait mardi à 14h en Ile-de-France 148 Ehpad avec au moins deux cas de Covid-19 détectés, seuil à partir duquel des mesures de réorganisation de l’établissement doivent intervenir pour éviter la propagation.

Lors de son allocution mardi, Jérôme Salomon promettait un « suivi quotidien de la mortalité » dans ces établissements.

Interrogée par l’AFP mercredi, la DGS précise : « une application » doit être opérationnelle « dans les prochains jours » et doit produire une estimation plus fiable du nombre de victimes en Ehpad, sur déclaration des médecins des établissements.

Reste une dernière zone d’ombre : « quand une personne âgée qui n’a pas été hospitalisée décède à son domicile, on ne pourra pas avoir de certitude », prévient le Dr Morel. « Et vu le peu de tests dont on dispose, je ne pense pas qu’on teste post-mortem ».

Une piste possible selon la DGS : « la surveillance de la mortalité toutes causes » sur le territoire par Santé publique France. Elle permettrait, en comparant le nombre de décès attendus sur une période à celui observé pendant l’épidémie, « d’estimer l’excès de mortalité » dû au Covid-19.

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