Covid-19: le commerce spécialisé craint entre 150.000 et 300.000 destructions d’emplois

PARIS, 30 juin 2020 (AFP) – Le commerce spécialisé, qui regroupe des secteurs aussi divers que l’habillement, la restauration, la jardinerie ou les articles de sport, craint que la crise du Covid-19, si des mesures ne sont pas prises, n’entraîne en France la destruction prochaine de 150.000 à 300.000 emplois.

« Sans mesures de soutien de la filière, la crise Covid-19 pourrait provoquer entre 150.000 et 300.000 destructions d’emplois en 2020-2021, la fermeture de 50.000 points de vente et l’arrêt brutal des investissements pourtant nécessaires à la transformation du secteur », estimés à un niveau compris entre 9 et 18 milliards d’euros par an, s’inquiète mardi dans un communiqué Procos, la Fédération pour la promotion du commerce spécialisé.

Selon Procos, après les « gilets jaunes » et les grèves qui avaient déjà entraîné des baisses de chiffre d’affaires comprises entre -2 et -10% et une perte de résultats entre -0,5 et -2%, « les anticipations de baisse d’activité en 2020 s’établissent entre -15 et -25% selon les secteurs, voire -35% pour la restauration ».

Or, le secteur, qui pèse 12% du PIB et représente 350.000 établissements pour 8% de l’emploi dans le secteur privé, se trouve aujourd’hui « face à un risque sérieux d’effondrement d’acteurs de toutes tailles », prévient la Fédération, en rappelant qu’en 2018, 21% des défaillances totales d’entreprises concernaient le commerce spécialisé, juste derrière le secteur de la construction.

Malgré le déconfinement, les Français ne sont pas encore massivement retournés dans leurs commerces.

« Un mois et demi après la réouverture des premiers points de vente, le cumul du chiffre d’affaires des magasins entre le 1er janvier et le 28 juin 2020 est en moyenne de -31,8% tous secteurs confondus, certains secteurs se situant dans une situation encore plus compliquée, tels que l’équipement de la personne (-35%) et la restauration (-43%) qui a ouvert plus tard », souligne Procos, en citant une enquête interne réalisée auprès de 50 enseignes interrogées sur leur performance dans 50 pôles de références situés dans 15 agglomérations.

– chèques commerces solidaires –

Le mois de juin a amélioré un peu l’activité de certaines enseignes, telles celles spécialisées dans l’équipement de la maison, la jardinerie ou les articles de sport (les ventes de vélos sont telles qu’on est au bord de la rupture de stocks), mais en moyenne, elle reste négative en magasins (-3%). Seules les ventes sur internet progressent en moyenne de 60% tous secteurs confondus, notamment grâce au succès du « click and collect ».

« Le grand sujet, c’est la consommation mais les inconnues sont très nombreuses: quid des 800.000 chômeurs attendus dans les prochains mois? Que deviendront les 75 milliards d’euros épargnés par les Français? Comment cela va-t-il se traduire sur leur pouvoir d’achat? », s’est interrogé lors d’une conférence de presse le directeur général de Procos, Emmanuel Le Roch.

Sachant qu’en plus, certaines « habitudes » prises pendant le confinement pourraient survivre à la crise sanitaire: le renforcement du commerce en ligne, une frugalité forcée qui pourrait conduire à « déconsommer », l’accélération du marché de l’occasion, etc.

D’où la publication par Procos et le cabinet EY d’un « livre blanc » faisant état de 12 propositions concrètes pour contribuer à relancer le secteur.

Parmi celles-ci, a détaillé la nouvelle présidente de Procos, Laurence Paganini, directrice générale de l’enseigne Kaporal: le déblocage défiscalisé sur 2020 des PEL, le déploiement de chèques commerces solidaires, l’exonération des charges sociales patronales a minima pour quatre mois ou l’octroi de subventions (ou à défaut de crédits d’impôt imputables ou remboursables) pour les investissements de transformation du commerce, notamment en faveur du numérique.

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