Creuse: GM&S Industry menacé de liquidation, et toujours pas de repreneurs

LA SOUTERRAINE, 8 juin 2017 (AFP) – GM&S Industry, l’équipementier automobile creusois en redressement judiciaire depuis décembre 2016, n’a fait à ce jour l’objet d’aucune offre ferme de reprise, mais les salariés restaient jeudi « déterminés » et demandaient à rencontrer d’urgence le président Emmanuel Macron.

La date limite des dépôts d’offres avait été fixée au mercredi 7 juin, à 17H00, par le tribunal de commerce de Poitiers. Manière « de mettre la pression sur ceux qui avaient déposé de simples lettres d’intention, et les faire bouger » en les incitant à formuler une offre ferme, a expliqué à l’AFP une source proche du dossier.

Le tribunal de commerce a d’ailleurs accepté de recevoir des offres jusqu’à sa prochaine audience, prévue le 23 Juin, selon des sources concordantes proches du dossier.

« Le résultat, c’est qu’il y a zéro offre, donc on se fout de notre gueule! » a lancé jeudi, devant la presse, Patrick Brun, délégué CGT du site de La Souterraine (Creuse), à l’issue d’une assemblée générale des salariés convoquée pour examiner les offres de reprise espérées.

Le syndicaliste a bien évoqué « un échange de mails » avec le leader français de l’emboutissage GMD — le repreneur potentiel le plus souvent cité — « mais on ne peut pas considérer ça comme une lettre d’intention », a-t-il aussitôt précisé.

« Il y a bien une lettre d’intention de GMD, assortie de conditions suspensives », et Bercy « travaille avec GMD pour lever ces conditions suspensives qui ne dépendent pas que de Bercy », a-t-on précisé au ministère de l’Economie.

« Notre objectif reste le même : faire bouger les constructeurs » Renault et PSA, principaux clients de GM&S, pour obtenir des engagements supplémentaires, a expliqué de son côté Me Jean-Louis Borie, avocat des salariés. Les deux groupes automobiles ont déjà annoncé le 21 mai une augmentation de leurs commandes, assurant à GM&S un chiffre d’affaires total de 25 millions d’euros en 2018.

« Il y a encore une possibilité de faire bouger ces lignes. Il est évident que les offres seront totalement différentes en fonction de cela », a assuré l’avocat.

– Les nerfs des salariés –

Les salariés, eux, « sont déterminés à se battre jusqu’au bout », rappellent les syndicats, bien conscients que GM&S est un des dossiers sociaux les plus chauds du gouvernement, à trois jours du premier tour d’un scrutin crucial pour le président Macron.

Pour Yann Augras, secrétaire du CE et représentant CGT, les repreneurs éventuels ont « tous eu largement le temps de déposer des offres » de reprise de l’usine creusoise qui, avec 277 salariés, est le deuxième employeur privé du département.

« Mais ils continuent à jouer avec les nerfs des salariés, alors nous, on va pas attendre », a ajouté le représentant CGT, en évoquant un « rendez-vous très important demain (vendredi) » avec le chef de l’Etat, qui est attendu en Haute-Vienne, pour un déplacement consacré « à la ruralité et à l’agriculture ».

Un rendez-vous que l’Elysée n’avait toujours pas confirmé jeudi.

« Dans la période des législatives, si M. Macron ne nous reçoit pas (…) cela peut porter préjudice au vote (des 11 et 18 juin), donc il a intérêt à nous recevoir », a prévenu jeudi Patrick Brun. Et d’ajouter: « Il faut que dès lundi, il y ait des suites à l’entretien avec M. Macron (…) il va falloir que ça bouge. »

« Piégé » puis occupé pendant deux semaines par les salariés, le site d’emboutissage a été « déminé » et le travail y a repris depuis le 29 mai. Mais il « tourne au ralenti », selon la CGT, en raison d’un manque de containers censés être fournis par les clients.

Outre GMD, les syndicats ont évoqué entre autres candidats ayant manifesté un intérêt pour GM&S, l’homme d’affaires franco-suisse Jean-Jacques Frey, apparu sur ce dossier fin mai, deux fonds de pension, ainsi que le groupe de l’ex-PDG de Valeo Thierry Morin.

Mais le personnel craint une stratégie visant à faire « mourir en douceur » le site, avec une reconversion de l’usine en simple atelier de frappe, qui ne conserverait qu’une centaine de salariés sur les 277 actuels.

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