Culture: un geste fort pour les intermittents et beaucoup d’inconnus

PARIS, 6 mai 2020 (AFP) – Soutien aux intermittents, fonds d’indemnisation pour les tournages: le président Macron a apporté de premières réponses aux monde de la culture, laminé par le Covid-19, et fait appel à sa « créativité » pour l' »après ».

Alors que le secteur s’inquiétait d’être « oublié », multipliant pétitions et tribunes, le chef de l’Etat a convié mercredi à une visioconférence une douzaine d’artistes dont le rappeur Abd Al Malik et le réalisateur Olivier Nakache.

« J’ai le sentiment qu’on a été entendus. Maintenant, comment cela va se traduire sur le terrain? », a affirmé le premier, interrogé par l’AFP. Saluant des « réponses très attendues », le réalisateur du « Sens de la fête » a, lui, rappelé sur Europe 1 que « toutes les solutions n’ont pas été trouvées en une matinée ».

Principale annonce: l’attribution d’une « année blanche » pour les intermittents du spectacle, réclamée à cor et à cri. Ce dispositif exceptionnel va prolonger leurs droits d’indemnisation « au-delà des 6 mois où leur activité aura été impossible ou très dégradée, soit jusqu’à fin août 2021 ».

Un engagement fort pour les artistes et les techniciens, sans activité depuis mi-mars, et sans grandes manifestations à l’agenda d’ici fin août.

« Tout cela doit être détaillé au-delà des effets d’annonce », a relativisé Denis Gravouil de la CGT Spectacle, tout en saluant cette décision.

Spécificité française, le régime des intermittents concerne 100.000 artistes et techniciens indemnisés chaque année. Pour obtenir l’assurance chômage, ils doivent avoir travaillé 507 heures sur douze mois. Or avec les annulations, très peu pourront cumuler les cachets nécessaires.

– « Enfourcher le tigre » –

« Ce qui reste en suspens, ce sont les mesures pour ceux qui vont les employer: les producteurs, les agences de spectacles, les festivals… », a réagi auprès de l’AFP, Jean-Paul Roland, directeur des Eurockéennes, dont l’édition 2020 a été annulée.

« Nous attendons le même engagement jusqu’à l’été 2021 pour les structures, s’il n’y a pas de retour à la normale d’ici là: salles de spectacle, théâtres, cabarets », confirme Malika Séguineau, du Prodiss (premier syndicat du spectacle vivant privé) à l’AFP.

« Il faut que les aides aux entreprises – activité partielle – soient prolongées jusqu’à la reprise de l’activité normale », dit-elle.

Le Centre national de la musique (CNM), né début 2020, va recevoir 50 millions d’euros pour bâtir des plans d’accompagnement. Un « fonds festivals » sera également créé.

Si le chef de l’Etat souhaite que les « lieux de création revivent », en s’adaptant aux contraintes de l’épidémie, « sans doute en inventant un nouveau rapport au public », il compte sur le « bon sens » et la « créativité » d’un secteur représentant 1,3 million d’emplois.

« Il faut enfourcher le tigre », a-t-il lancé, bras de manches retroussés.

Et d’avancer l’idée d’associer les professionnels de la culture aux activités périscolaires et lors d’un été qu’il souhaite « apprenant et culturel ». Le lancement d’un « grand programme de commandes publiques » visant notamment les « jeunes créateurs » a aussi été évoqué.

– Reprise des répétitions –

Alors que les librairies, disquaires, galeries, bibliothèques et certains musées doivent rouvrir lundi, les cinémas et salles de théâtre restent fermés jusqu’à nouvel ordre.

Les répétitions vont toutefois pouvoir reprendre la semaine prochaine dans les théâtres, en respectant les règles sanitaires.

C’est « un premier pas », estime Jean-Marc Dumontet, propriétaire de théâtres parisiens rappelant que « le secteur du spectacle fut le premier à fermer et sera le dernier à reprendre ».

Les autorités décideront fin mai-début juin la réouverture ou non de lieux culturels, et leurs modalités.

Pour le secteur audiovisuel, paralysé car non assuré contre le risque de pandémie et un éventuel nouveau confinement, un fonds d’indemnisation temporaire est prévu pour les futurs tournages et les séries, qui fonctionnera « au cas par cas ».

Ce fonds, demandé par les producteurs, pourrait être abondé par les régions et cofinancé par les assureurs, voire les banques, a développé le ministre de la Culture Franck Riester, qui entend également défendre les catalogues de séries et films français de possibles acquisitions par de grands groupes.

Des aides qui doivent aussi bénéficier à d’autres domaines, pour l’ancien ministre de la Culture Jean-Jacques Aillagon, citant le patrimoine, la recherche, la librairie, les arts plastiques, le design, l’architecture, les médias et les enseignements artistiques…

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