Dans la Somme, la mission locale joue le pompier pour une jeunesse en galère

AMIENS, 7 juin 2018 (AFP) – A Amiens, l’usine Whirlpool vient tout juste de fermer mais l’installation d’Amazon a permis de placer « une petite centaine de jeunes ». A la mission locale du Grand Amiénois, les conseillers se démènent pour une jeunesse française : celle qui galère pour trouver un boulot.

Créées au début des années 80, les missions locales accueillent des jeunes de 16 à 25 ans pour les aider à trouver un emploi, mais pas seulement. Structures d’insertion, elles les aiguillent aussi sur le logement, la santé, afin de leur donner le coup de pouce qu’il faut.

Dans des locaux loués d’une école d’ingénieur d’Amiens, une dizaine de jeunes écoutent un intervenant de la Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) leur parler santé et prévention. Tous viennent d’intégrer un dispositif « garantie jeune », à destination des plus éloignés de l’emploi.

Cette mesure, lancée sous le quinquennat Hollande et pilotée de A à Z par les missions locales, va être renforcée dans le cadre du plan d’investissement dans les compétences (PIC) décidé par l’actuel gouvernement.

Chaque jeune touche 484 euros par mois, doit assister à des sessions – comme celle sur la santé mais aussi savoir gérer un budget – et fera durant un an plus d’une dizaine de stages pour essayer d’accrocher le wagon de l’emploi.

Comme Mickael, 21 ans, qui vient de pointer pendant un an chez Pôle Emploi, sans que son CAP vente ne lui permette de trouver un travail. Alors, il trouve que « c’est bien pour faire des stages ».

Responsable de ce programme, Sandrine, a vu défiler environ 350 jeunes par an. « Parfois leur premier stage, c’est au Carrefour Market où ils ont l’habitude faire leur courses », raconte-t-elle.

Elle fait l’aller-retour entre l’empathie envers des jeunes parfois « déjà fracassés par la vie » et la discipline nécessaire pour qu’ils puissent accéder à un travail, aidée par sa formation initiale de psychologue.

– « Barrière mentale » –

Autre décor, à 30 km de là, Poix-de-Picardie, la campagne.

Une plaque « Assedic » est restée clouée sur la grille d’entrée de la maison en briques qui abrite l’antenne de la mission locale, mais aussi à l’étage, une école de la deuxième chance.

« La grosse difficulté de nos jeunes, c’est le permis », explique Valérie, car il n’est pas facile de débourser un millier d’euros. Une antenne mobile va d’ailleurs également à leur rencontre. Les jeunes ont parfois du « mal à bouger et à se projeter », y compris à quelques kilomètres, explique-t-elle.

Paradoxalement, au milieu des tours d’Amiens Nord, Laurence, conseillère également, dresse le même constat.

Dans une société où l’injonction est de pouvoir « bouger » facilement et souvent, la jeunesse qui galère a du mal à se déplacer loin de ses quelques repères pour trouver du travail. Une sorte de « barrière mentale », dit-t-elle.

Alors, elle qui travaille depuis longtemps dans ce quartier prioritaire de la ville (QVP) essaie de faire tomber ces barrières, tant sur les distances que sur les emplois. Laurence se souvient d’un jeune qui voulait travailler dans un bar parce qu’il « regardait +Plus belle la vie+ », raconte-t-elle.

En 2017, via la mission locale du Grand Amiénois (environ 300.000 habitants et 30 points d’accueil) plus de 2.134 jeunes ont bénéficié d’un contrat, 11 % en CDI.

« Avant, il y avait des emplois pour des faiblement qualifiés », explique le directeur, Christophe Ramis, maintenant c’est beaucoup moins le cas.

Au-delà, comme beaucoup de responsables de ces structures – financées par l’Etat et les collectivités -, il regrette des subventions qui « ont tendance à baisser » au fil des années et des politiques publiques de « stop and go », déplorant par exemple l’arrêt des emplois d’avenir.

« Nous avons une vraie mission de service public. Sinon qui s’occupe des jeunes ? », lance-t-il, alors que le taux de chômage des jeunes est enkysté au-delà des 20 % en France.

dec/lum/bd