Dans un gymnase lyonnais, des SDF retrouvent un peu de chaleur

LYON, 6 janvier 2017 (AFP) – « Au chaud. » Abderrahmane, Kleva et Chimène goûtent pour la première fois depuis des mois au confort d’un simple lit. Sans abri dans les rues de Lyon, ils ont enfin trouvé refuge dans un gymnase ouvert en urgence cette semaine face à la baisse des températures.

« Ça faisait quatre mois qu’on dormait dans un parc. On avait des tentes et des couvertures. Il faisait très froid. C’était la misère, c’était très difficile. Ici, c’est mieux, il fait chaud », confie Kleva, 14 ans, arrivée cette année d’Albanie avec ses parents et son frère.

« Moi, je couchais par terre, dehors, à côté de la gare de la Part-Dieu », raconte Abderrahmane, un Soudanais de 26 ans, arrivé sur le territoire il y a un an et demi et SDF depuis.

Comme plusieurs dizaines de leurs compagnons d’infortune – en majorité des demandeurs d’asile ou des migrants venus seuls ou en famille -, ils ont dû montrer patte blanche à l’entrée du gymnase Louis-Chanfray dans le deuxième arrondissement de la ville, réquisitionné mardi par la préfecture dans le cadre du plan « grand froid ».

Il doit rester ouvert une dizaine de jours, en semaine de 17H00 à 10H00 le lendemain matin, sans interruption durant le week-end; davantage si le mercure ne remonte pas.

– ‘Aires de jeux’ –

Après vérification de leur identité par l’équipe de l’Armée du Salut (mandatée pour gérer l’endroit) sur une liste fournie par le 115, numéro d’urgence destiné aux sans-abri qu’ils ont appelé au préalable, Kleva et Abderrahmane rejoignent la salle où quelque 130 lits de camp tout neufs et un espace de restauration ont été installés.

De gros sacs plastique, apportés par des SDF en guise de valise et bourrés de vêtements, jonchent les allées et les rares discussions sont couvertes par le bruit de la puissante soufflerie du chauffage.

« Je suis arrivée à Lyon il y a presque deux ans. Pendant un an, j’ai été hébergée par une amie mais quand je suis tombée enceinte de mon fils, je n’ai pas pu rester. J’ai dormi dans des aires de jeux pour enfants », témoigne Chimène, venue du Cameroun. Le 23 décembre, cette trentenaire a accouché à l’hôpital où elle a pu rester une semaine.

« Ce que l’on trouve ici, c’est un endroit chaud où dormir avec un sac de couchage et de la nourriture pour le soir et le petit-déjeuner », explique Sophie Jansen, directrice de l’antenne lyonnaise de l’Armée du Salut.

– ‘Un minimum’ –

En plus des 4.462 places pérennes disponibles pour l’hébergement d’urgence dans le département, outre le gymnase, 200 places supplémentaires ont été ouvertes dans le cadre du dispositif hivernal, portant leur nombre à 608 sur un maximum de 790.

« Dans l’urgence, ouvrir 200 places, c’est un minimum (…) Sur le plan +grand froid+, vous pouvez très bien avoir plusieurs gymnases qui ouvrent », remarque Audrey Sibellas, la déléguée régionale de la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (Fnars).

De fait, le dispositif « grand froid » dans le Rhône permet encore d’ouvrir un gymnase et un hôtel pour 270 places supplémentaires.

Jeudi, le directeur général de la Fnars, Florent Gueguen, avait évoqué « l’un des hivers les plus difficiles sur le front de l’hébergement » alors que les températures hexagonales ont chuté. « Moins d’une personne sur deux » composant le 115 « est prise en charge », selon lui.

Une inquiétude partagée par les occupants du gymnase Louis-Chanfray.

« On a peur de retourner dans la rue », lâche Kleva. Selon Météo-France, la température à Lyon doit descendre jusqu’à moins quatre degrés dans la nuit de vendredi à samedi et rester autour de zéro en journée.

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