Des « anciennes » de Tati manifestent: « c’est la fin d’une époque »

SAINT-DENIS, 19 juillet 2019 (AFP) – Elles ont 29, 38, voire 42 ans de maison: des vendeuses de Tati ont manifesté vendredi leur désarroi et leur colère devant le siège à Saint-Denis, où devait se tenir la première réunion sur la restructuration annoncée mardi.

« J’ai commencé à 17 ans comme caissière, et à 60 ans je n’ai même pas 1.300 euros net », témoigne Amparo, 42 ans de maison.

Isabelle a commencé en 1990 au magasin Tati de République avant de travailler dans le Tati « historique » du boulevard Barbès: « J’ai connu M. Ouaki, Mme Ouaki (fondateurs de Tati en 1948), c’était une affaire de famille. Philippe Ginestet (président du groupe GPG) nous a menti quand il jurait devant le tribunal de commerce en 2017 qu’il allait maintenir l’esprit de famille ».

« Il y a une mémoire Tati », lance Sandrine, depuis 12 ans à Castres (Tarn). Son magasin ne fait pas partie des 13 dont la fermeture est annoncée, mais elle ne se fait guère d’illusion: « On nous dit qu’on servira de centre de déstockage pour les articles des magasins qui vont fermer, mais après? »

« Tati, c’est connu jusqu’en Afrique! On est triste, triste », dit Fifi, femme de ménage chez Tati employée par le sous-traitant GSF. Florian, acheteur, a « mal au coeur de voir la marque disparaître ».

Philippe Ginestet a annoncé mardi qu’il ne resterait en 2020 qu’un seul Tati en France, celui de Barbès à Paris, en précisant que la centaine d’autres magasins de l’enseigne au vichy rose passeront sous pavillon Gifi, avec 189 reclassements à la clé.

En 2017, il avait été choisi pour reprendre les 109 magasins et 1.428 salariés, avec la promesse de maintenir l’enseigne Tati et de ne mener aucun plan de départ pendant deux ans.

Un promesse tenue au jour près, puisque l’annonce tombe deux ans après la reprise à l’été 2017. « La stratégie est claire: on récupère tous les emplacements les plus intéressants et on ferme! », s’exclame Elodie Ferrier, de la CGT Commerce.

Philippe Ginestet explique que les Tati déjà passés en Gifi dégagent de meilleurs chiffres d’affaires.

Sylviane, vendeuse depuis 38 ans à Barbès, s’insurge: « Il n’y a plus de marchandise! Les magasins ferment à la mi-journée! comment voulez-vous faire du chiffre d’affaires? »

Les « anciennes » de Barbès se souviennent du temps où plus de 100 vendeuses s’affairaient dans les magasins. Les effectifs ont fondu, des intérimaires ont remplacé les vendeuses avant d’être remerciés. « Je suis toute seule au rayon enfant, il n’y a plus de pause », dit-elle.

« Plus de 13e mois, ni de chèques restaurants », lancent les vendeuses. Et bientôt « plus rien du tout ».

La réunion de négociation du PSE (plan de sauvegarde de l’emploi) convoquée vendredi n’ayant pu se tenir, une nouvelle réunion est convoquée lundi.

mpf/bfa/shu