Des « gilets jaunes » se structurent pour nouer un contact « sérieux » avec le gouvernement

PARIS, 26 novembre 2018 (AFP) – Baisse de « toutes les taxes » et création d’une « assemblée citoyenne »: après dix jours de mobilisation, une délégation de « gilets jaunes » veut nouer un contact « sérieux » avec le gouvernement, qui s’est dit « ouvert » au dialogue sous certaines conditions.

Après plusieurs jours de blocages de dépôts pétroliers, supermarchés, axes routiers ou stations-services, le mouvement s’est doté d’une représentativité « apolitique » avec « huit citoyens » qui veulent porter une série de revendications et structurer une mobilisation protéiforme aux contours jusqu’à présent flous.

« Ce groupe a pour mission d’engager une prise de contact sérieuse et nécessaire avec les représentants de l’Etat et de son gouvernement », écrivent-ils dans un communiqué publié à la veille d’une intervention d’Emmanuel Macron visant à détailler et expliquer un « pacte social » d’accompagnement de la transition écologique.

Parmi eux, deux des initiateurs du mouvement: Eric Drouet, chauffeur routier à Melun (Seine-et-Marne) qui avait lancé sur Facebook la mobilisation nationale du 17 novembre, et Priscillia Ludosky, à l’origine d’une pétition pour une baisse des prix à la pompe qui a recueilli plus de 980.000 signatures.

Après avoir consulté ses sympathisants sur Facebook, cette « délégation » adresse « deux propositions principales » au gouvernement: « revoir à la baisse toutes les taxes » et créer « une assemblée citoyenne » pour débattre de la transition écologique, de la « prise en compte de la voix des citoyens », de l’augmentation du pouvoir d’achat ou encore de la précarité, est-il indiqué.

Leurs revendications vont de la suppression du Sénat à la baisse des charges patronales en passant par une hausse du smic et des retraites, énumère le texte dont les auteurs affirment être des « porteurs de messages et (…) pas des leaders et des décisionnaires ».

La représentativité de cette délégation risque toutefois de faire débat au sein d’un mouvement né sur les réseaux sociaux hors de tout cadre politique ou syndical et qui visait la hausse des prix du carburant, avant de s’étendre à la dénonciation de la politique fiscale.

– Ne pas « embêter le citoyen » –

Interrogé sur cette initiative à l’issue du conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement a assuré être « ouvert » au dialogue tout en posant des limites.

« Si le mouvement dit des +gilets jaunes+ a identifié des personnes qui portent des revendications (…), s’il y a une demande coordonnée qui est faite avec des propositions et une volonté de dialogue, nous avons ouvert la porte à ce dialogue », a expliqué Benjamin Griveaux.

Mais, a-t-il ajouté, « si les propositions reviennent à demander la dissolution de l’Assemblée nationale, la démission du président de la République (…), j’ai peur que nous ne puissions y répondre favorablement ».

Après une première journée de mobilisation nationale le 17 novembre, qui avait réuni 282.000 personnes, une deuxième, samedi, a rassemblé plus de 106.000 personnes, notamment sur les Champs-Elysées où des échauffourées ont éclaté, selon le ministère de l’Intérieur. Lundi, la place Beauvau recensait plus de 4.000 participants en France.

Dans son communiqué, la coordination des « gilets jaunes » rappelle que « toutes formes de blocages complets et de violences ne sont pas représentatives du mouvement ».

Un appel à un « acte 3 » avec une nouvelle journée d’action samedi à Paris, circule toutefois d’ores et déjà sur les réseaux sociaux. Un évènement « pas initié par nous, » à précisé à l’AFP Priscillia Ludosky, affirmant pour l’instant « attendre des réponses » de l’exécutif.

Dans une vidéo publiée lundi après-midi, Eric Drouet explique, lui, qu’il faut « changer de cap » et invite à « arrêter de bloquer les voitures », pour cibler « les ports », « les zones industrielles, les stations service, les préfectures, les centres des impôts ».

« Il faut arrêter d’embêter le citoyen et d’avoir une mauvaise image », ajoute-t-il, alors que 2 personnes sont mortes et des centaines d’autres blessées depuis le début de ce mouvement, approuvé par une majorité de Français, selon plusieurs sondages.

Le mouvement a reçu lundi le soutien du comité Adama, qui se bat contre les violences policières. « Les quartiers populaires sont confrontés aux mêmes problématiques sociales que les territoires ruraux ou périurbains – dits « périphériques » – touchés par la politique ultra-libérale de Macron », écrit ce collectif né après la mort d’Adama Traoré en 2016 lors de son interpellation dans le Val-d’Oise.

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