Des mouvements sociaux traduisent une exaspération en Guyane et clouent Ariane 5 au sol

CAYENNE, 22 mars 2017 (AFP) – Plusieurs mouvements sociaux ont été déclenchés depuis le début de semaine en Guyane, qui ont bloqué notamment le lancement de la Fusée Ariane 5, traduisant des revendications de salariés et une exaspération croissante d’une partie de la population notamment face à l’insécurité et au déficit d’offre de soins.

Mercredi, les sénateurs et députés de Guyane, tous de gauche, ont interpellé le président de la République sur le « mouvement social majeur qui touche le territoire » et bloque notamment le Grand Port Maritime, la collectivité territoriale de Guyane, la préfecture, le centre Spatial guyanais, les axes routiers, etc. »

Réclamant « un vaste Plan Marshall », ces parlementaires ont souligné que cette mobilisation « a pris une plus large dimension pour dénoncer l’état d’urgence généralisé que connaît la Guyane en matière de santé, d’éducation et de formation, d’économie, de sécurité, d’accès au foncier ou encore de logement ».

Dans ce territoire français d’Amérique du sud, le lancement d’une fusée Ariane 5 a dû être reporté mercredi, pour la troisième journée consécutive. Raison principale: une grève depuis lundi au sein de la société Endel ayant le contrat assurant, la veille du décollage, le transfert du lanceur du bâtiment d’assemblage jusqu’au pas de tir.

Après le barrage érigé lundi à moins d’un kilomètre du centre spatial, un second barrage de grévistes a été établi mercredi à l’entrée de Kourou.

Ces barrages, notamment à l’initiative du syndicat local UTG (Union des travailleurs guyanais)-CGT, rassemblent aussi des salariés d’EDF Guyane en grève, des personnels du centre médico-chirurgical de Kourou (CMCK) inquiets d’un possible désengagement de La Croix Rouge qui gère l’établissement, et un collectif contre l’insécurité qui réclame un commissariat à Kourou.

Ces mouvements ont reçu le soutien mardi d’un autre collectif contre la délinquance: « les 500 frères », une trentaine de personnes qui défilent cagoulées dans Cayenne depuis fin février et ont déjà été reçues par le préfet, le procureur et les forces de l’ordre pour essayer de trouver des solutions au problème de l’insécurité.

Vendredi, ils ont fait un coup d’éclat en perturbant la visite de la ministre de l’Environnement Ségolène Royal, en pleine conférence des pays signataires de la convention de Carthagène sur la protection des milieux marins.

-« on n’a d’yeux que pour le spatial »-

La Guyane est le territoire français qui a connu le plus grand nombre d’homicides en 2016 (42). En un mois, quatre meurtres par arme à feu ont ainsi été commis à Cayenne.

Mardi, le mouvement s’est durci: le collectif des « 500 frères » et des manifestants qui tentaient de s’approcher du centre spatial ont été repoussés par les forces de l’ordre à l’aide de grenades lacrymogènes. Dans l’après-midi, une réunion entre les protestataires, le préfet, des dirigeants du spatial, des élus et le directeur régional de la santé n’a rien donné.

Une réunion dont a été écartée la direction régionale d’EDF, indésirable auprès du syndicat UTG Eclairage, qui ne veut que l’Etat comme interlocuteur. Son secrétaire général, Davy Rimane, a indiqué à l’AFP revendiquer « une meilleure reconnaissance des salariés guyanais au sein d’EDF, notamment en terme d’évolution de carrière (…) et une adaptation des moyens humains à l’extension du réseau électrique en Guyane ».

Pour lui, le centre spatial est « le lieu symbolique de la protestation, car on n’a d’yeux que pour le spatial en Guyane ».

« Nous sommes ouverts aux négociations partout en Guyane, car l’on comprend que des réorganisations liées au développement puissent inquiéter », a indiqué à l’AFP une source proche de la direction d’EDF, estimant le nombre de grévistes « à 18% ».

D’autres mouvements sont en cours: des agriculteurs ont déversé depuis lundi du foin à l’intérieur des locaux de la Direction de l’agriculture (DAAF) représentation de l’Etat en Guyane, reprochant des lenteurs ou des refus administratifs en matière d’aide. Des camions de transporteurs guyanais bloquent le port de Degrad des Cannes (15 km de Cayenne), demandant des clarifications sur la répartition des marchés du chantier du futur pas de tir d’Ariane 6.

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