Des salariés français « sans-culottes » de Konecranes manifestent en Finlande

HYVINKÄÄ, 28 mars 2019 (AFP) – Des salariés de l’usine Konecranes de Vernouillet, à l’ouest de Paris, ont manifesté jeudi sur l’air de la Marseillaise devant le siège du groupe à Hyvinkää, en Finlande, pour protester contre les menaces pesant sur le site.

En tenue de sans-culottes, les éléments radicaux de la Révolution française (1789-99), une trentaine de personnes avaient fait le déplacement d’Eure-et-Loir pour protester devant le siège de Konecranes, à une heure de route au nord de la capitale Helsinki, où se tenait jeudi son assemblée générale annuelle.

Une centaine d’emplois sont menacés chez le fabricant d’engins de levage et de grues sur le site de Vernouillet en raison d’un redéploiement de la production sur les sites de Konecranes à Wetter, en Allemagne, et Hämeenlinna en Finlande.

« Cent salariés vont perdre leurs emplois, dans un bassin d’emplois qui est quand même assez sinistré. On sait très bien aujourd’hui que parmi ces 100 salariés, une bonne partie ne retrouveront plus jamais de travail », a déclaré sur place à l’AFP Ralph Blindauer, avocat du comité d’entreprise de Konecranes en France.

« Ce que nous voulons, c’est que le groupe nous propose un plan dans lequel il sauvegarde l’outil industriel et le maximum d’emplois », a-t-il ajouté.

L’usine, qui fabrique des palans électriques, avait été mise en concurrence avec trois autres usines du groupe pour la fabrication d’une nouvelle génération de produits et n’a pas été retenue.

Bonnet phrygien sur la tête, les manifestants ont déployé des banderoles dénonçant – en anglais – « Konecranes ne respecte pas les valeurs humaines » et « Trop de sacrifices pour vos bénéfices », selon un correspondant de l’AFPTV.

Accompagnés par un trompettiste, ils ont chanté la Marseillaise, l’hymne national français, en agitant des drapeaux tricolores, sous le regard médusé des employés du groupe finlandais et de deux agents de police.

Même pendant les années de récession dont la Finlande sort progressivement depuis 2016, les manifestations restent rares dans le pays nordique, plus habitué aux négociations de coulisses entre partenaires sociaux.

– ‘Comédie’ –

La manifestation s’est déroulée dans une ambiance joyeuse. Des employés de l’entreprise sont sortis servir du café chaud à la délégation française, arrivée mercredi et repartie jeudi après-midi en bus en direction de l’aéroport international de Vantaa.

Interrogée par l’AFP, une porte-parole de Konecranes a justifié « une décision stratégique basée sur la qualité, la rentabilité mais aussi des questions d’ordre logistique ».

« Le processus se poursuit. La recherche d’un repreneur continue et nous négocions intensivement avec les représentants du personnel et les syndicats », a ajouté Niina Suhonen.

« Konecranes fait semblant de chercher un repreneur pour cette usine. Nous, nous voulons une vraie solution industrielle », martèle Ralph Blindauer, avocat au barreau de Metz.

Il qualifie de « comédie » la mise en concurrence des usines du groupe alors que selon lui la décision de supprimer des emplois à Vernouillet est prise « depuis 2017 ».

« Ca n’est pas une fermeture pour répondre a des difficultés économiques, c’est une fermeture pour gagner encore plus d’argent », assène-t-il.

La société Konecranes est présente à Vernouillet depuis 1986 et compte deux autres sites en France depuis le rachat d’une partie des activités de l’américain Terex en 2017.

En 2018, le groupe finlandais a dégagé un bénéfice net de 98,3 millions d’euros, en baisse de 53% par rapport à 2017, pour un chiffre d’affaires stable de 3,1 milliards.

Mais les résultats 2017 étaient gonflés par un gain de cession de plus de 200 millions d’euros. Hors éléments exceptionnels, la marge d’exploitation EBITA du groupe a progressé l’an dernier de 8,1% (en hausse de 1,2 point).

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