Des vacances ou des thérapies, les soignants inégaux face à l’angoisse post-Covid

PARIS, 30 juin 2020 (AFP) – Les soignants essorés par la crise du Covid n’ont pas tous les mêmes besoins pour s’en remettre. Vacances en famille, debriefing en équipe ou parfois thérapies: les remèdes sont à évaluer au cas par cas, « notamment au nom d’antécédents et de passés très variables ».

« On estime que 25% des soignants en première ligne ont été touchés par des réactions affectives (anxiété, dépression, stress post-traumatique). Mais les niveaux de sévérité sont difficile à mesurer », explique à l’AFP Wissam El-Hage, psychiatre au CHRU de Tours qui va suivre, pendant un an, 3.000 personnels de santé « pour les évaluer, les informer, et si besoin les soigner ».

Au plus fort de la crise sanitaire, les soignants ont travaillé dans un climat d’angoisse, avec la menace permanente d’un manque de lits, de médicaments, de professionnels qualifiés et de dispositifs de protection pour les malades aussi bien que pour le personnel, soulignait en juin l’Académie nationale de médecine.

Myriam Bellon, médecin anesthésiste-réanimateur à Paris dans un hôpital privé à but non lucratif, évoque ainsi un premier mois « dont elle se souviendra toute sa vie » avec « les ordres et les contre-ordres », la nécessité de « faire évoluer ses pratiques » et surtout les patients « gravissimes ».

En 26 jours de fonctionnement, de la mi-mars à la mi-avril, Psycovid, une hotline mise en place pour les soignants de l’AP-HP, a reçu 149 appels. Près de la moitié étaient motivés par l’anxiété, mais il était aussi question d’épuisement (11%), de réactivation de traumatismes (6%), d’insomnie (6%), de colère (5%), de dépression (4%) et de symptômes psychotiques (2%), selon une étude fin mai.

« Les réactions psychologiques ont été diverses, notamment au nom d’antécédents et de passés très variables. Le traumatisme n’unifie pas », explique le professeur Michel Lejoyeux, responsable du département de psychiatrie et d’addictologie Bichat-Beaujon, qui a copiloté la hotline Psycovid.

– « Claquer la porte du bloc » –

Myriam Bellon sent qu’elle s’en remettra mais « rêve de claquer la porte du bloc opératoire et de partir en vacances ». « Nous avons tous repris une activité normale car il faut maintenant que ça tourne et que ça tourne beaucoup. Mais nous sommes tous physiquement et psychologiquement fatigués », avoue cette mère de deux enfants qu’elle n’a pas vus pendant la crise pour ne pas risquer de les contaminer.

« Je ne suis pas pour le fait de médicaliser systématiquement les demandes. Certains ont surtout besoin de sous pour partir en vacances. Je pense que c’est une bonne manière de se reconstituer! », appuie Michel Lejoyeux. Il souligne aussi les bienfaits de la reconnaissance financière, du « collectif de travail qui a un effet extrêmement étayant, largement autant que les psy ». Certains auront besoin de parler, d’autres de se protéger dans le silence.

« Dans certaines familles, ou dans certaines situations, la dérision, l’humour, le fait de parler d’autre chose, peut être un mécanisme de défense qui fonctionne très bien », assure le spécialiste. « On leur a déjà imposé la gestion du Covid, qu’on ne leur impose pas une psychothérapie collective », ajoute-t-il invitant par contre à la vigilance.

Notamment « vis-à-vis de ceux qui allaient déjà mal avant le Covid. Quand vous êtes isolé, quand vous avez un problème avec l’alcool, quand vous êtes un peu déprimé et qu’en plus le Covid se rajoute … », note le professeur.

En interrogeant tous les trois mois les 3.000 soignants de sa cohorte, Wissam El-Hage veut « identifier les personnes qui ont un niveau de stress, d’anxiété, de dépression ou de surmenage important ».

Et proposer à ceux considérés comme ayant les symptômes cliniques les plus sévères, l’EMDR (une stimulation du cerveau par mouvements oculaires). « Une technique qui permet de mieux gérer les situations émotionnellement éprouvantes », explique-t-il. Cette thérapie est notamment utilisée pour soigner le trouble du stress post-traumatique (TSPT), une pathologie handicapante où le passé ressurgit sans cesse. Elle est notamment déjà utilisée pour traiter les victimes des attentats du 13 novembre 2015 ou les femmes battues.

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