Difficultés à recruter: un phénomène classique, sans incidence sur la croissance pour l’instant

PARIS, 29 septembre 2018 (AFP) – Quand l’activité repart, certaines entreprises ont du mal à recruter. Chaque jour ou presque, l’exécutif évoque les difficultés à embaucher dans des secteurs variés. Mais il s’agit d’un phénomène assez classique, qui n’entrave pas la croissance pour l’instant, estiment des experts.

« Traverser la rue », comme le conseille Emmanuel Macron, ou « ne pas faire le job de ses rêves » comme le dit la ministre du Travail Muriel Pénicaud, est une manière d’essayer de faire coïncider offre et demande.

Certains emplois ne trouvent pas preneurs alors que Pôle emploi a décompté plus de 3,7 millions de chômeurs en France au 2e trimestre.

« C’est récurrent, ce n’est pas un phénomène nouveau », explique à l’AFP Bruno Ducoudré, économiste à l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques).

Des difficultés de recrutement aussi brandies sous les quinquennats précédents: Nicolas Sarkozy parlait « d’un demi-million d’emplois non pourvus » pendant la campagne électorale de 2012, et François Hollande avait lancé un plan pour former les chômeurs.

L’étude régulièrement citée est celle que Pôle emploi a publiée en 2017, évaluant entre 200.000 et 330.000 les offres dites « non pourvues » sur la base des offres de 2016. Parmi elles, 150.000 recrutements « abandonnés faute de candidat adéquat ».

« Une miette », relève Hadrien Clouet, qui fait actuellement une thèse de sociologie sur le sous-emploi en France et en Allemagne, dans une tribune publiée par le site The Conversation. « En regardant le marché par l’autre extrémité, nous constatons que 99% des projets de recrutement réussissent », écrit-il.

Il y a aussi des « annonces qui ne correspondent pas au profil recherché », ajoute Bruno Ducoudré. Les petites entreprises, qui n’ont pas de services de ressources humaines, sont particulièrement en proie à ces difficultés.

Quant aux secteurs qui ont du mal à trouver, ce sont toujours les mêmes: les services, la restauration, le BTP quand il redécolle, et l’industrie avec toujours un manque de couvreurs, d’ouvriers de métallurgie, etc.

« Dans certains métiers, il y a beaucoup de +turn over+. Comme dans les hôtels-cafés-restaurants: les entreprises recrutent tout le temps. Quand ça repart, elles recrutent encore plus, donc elles ont ce sentiment d’avoir des difficultés de recrutement mais elles arrivent à recruter », soulignait récemment Selma Mahfouz, directrice du département statistiques du ministère du Travail.

En revanche dans des secteurs comme l’informatique, « il manque d’ingénieurs (…) formés », relevait-elle.

– Capacités de production disponibles –

Pour l’instant, ces difficultés « ne pèsent pas sur la croissance » car « il y a des capacités de production disponibles », commente M. Ducoudré. En effet, « si une entreprise n’arrive pas à recruter, elle peut perdre un marché, mais une autre va l’avoir ». Il n’y a d’ailleurs pas de tensions sur les salaires.

Pour permettre de faire correspondre offre et demande, le gouvernement mise également sur la formation, aux métiers classiques mais aussi aux nouveaux métiers.

En visite dans une agence Pôle emploi du XXe arrondissement, la ministre du Travail Muriel Pénicaud s’est fait fort, récemment, de rappeler les besoins dans le secteur du numérique: « 25.000 personnes en Île-de-France, 80.000 en France ».

Et dans une salle de l’agence, une trentaine de personnes s’informaient sur le métier de « référent web polyvalent », sorte de couteau suisse du numérique, très recherché par les petites structures, comme les associations.

Reste que si toutes les offres, qu’elles concernent anciens ou nouveaux emplois, étaient pourvues, cela ne contribuerait que très marginalement à faire baisser le nombre de chômeurs.

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