Discrimination à l’embauche: indignation des entreprises dans le viseur

PARIS, 7 février 2020 (AFP) – La mise à l’index par le gouvernement de sept entreprises françaises pour « présomption de discrimination à l’embauche » a provoqué une vague d’indignation parmi les mises en causes qui dénoncent une « méthodologie » ayant conduit à des « conclusions erronées ».

Face à cette bronca, le gouvernement a enfoncé le clou vendredi en soulignant dans un communiqué que « les limites méthodologiques de ce type de testing ne devaient pas en occulter la conclusion générale: les discriminations volontaires ou non peuvent exister dans notre pays ».

Afin « d’obtenir des résultats reflétant mieux les pratiques réelles des entreprises testées », une seconde vague de testing « corrigeant les biais méthodologiques de la première vague » sera lancée, a t-il précisé.

Dès jeudi soir, six des sept entreprises françaises concernées – Air France, Accor, Altran, Arkéma, Rexel et Sopra Steria – ont fait savoir dans un communiqué conjoint « leur profond désaccord et leur indignation face aux faiblesses manifestes de la méthodologie utilisée » et au « manque de rigueur de l’étude ».

Plusieurs d’entre elles, contactées par l’AFP, ont contesté la taille de l’échantillon des tests ainsi que le canal utilisé, c’est-à-dire des candidatures spontanées auprès de personnes qui ne sont pas des recruteurs, pour des postes non ouverts au recrutement.

Les résultats dévoilés jeudi portent sur 40 grandes entreprises du SBF 120. Au total, 10.349 candidatures fictives ou demandes d’information ont été envoyées, s’appuyant sur un test de correspondance par paire se différenciant sur l’adresse ou sur la consonance du nom supposée maghrébine ou non pour des candidats de nationalité française.

« Evidemment, il n’y a pas de politique de discrimination délibérée dans ces entreprises », a estimé vendredi sur Franceinfo le ministre chargé de la Ville et du Logement Julien Denormandie, mais « la discrimination s’installe par une forme d’habitude qui vise à ne pas faire suffisamment d’efforts pour diversifier les talents ».

– Résultats « pas généralisables » –

Renault, la septième société pointée du doigt, a de son côté déclaré vendredi qu’elle souhaitait coopérer avec les pouvoirs publics même si elle jugeait que les résultats des tests n’étaient « pas généralisables » et ne pouvaient « pas être considérés comme le reflet de la politique de ressources humaines » de l’entreprise.

Fabien Gâche, délégué CGT chez Renault, a pour sa part dénoncé « l’incohérence de la politique de recrutement », ajoutant que son syndicat n’était « pas surpris des faits constatés ».

« Nous recrutons 4.000 personnes par an en France sur un marché d’ingénieurs ou règne la pénurie; faire de la discrimination n’aurait aucun sens », a réagi pour sa part Stéphanie Bia, directrice de la communication et des relations investisseurs du groupe Altran, ajoutant que le testing avait « porté sur des postes +standard+ de techniciens de surface ou d’hôtesses d’accueil » qui sont des fonctions « externalisées » par l’entreprise.

La direction d’Air France souligne pour sa part que « ces conclusions se fondent sur le traitement de sept candidatures spontanées envoyées à des salariés non identifiés de l’entreprise en dehors du processus unique utilisé par Air France » via son site de carrières qui reçoit 100.000 candidatures par an.

La compagnie aérienne, qui a reçu en tout 44 paires de CV fictifs, ajoute qu’elle exerce dans 92 pays avec des salariés de 113 nationalités.

« Le seul constat qu’on peut faire, c’est qu’au sein de nos équipes la mixité est vraiment présente », a commenté Christophe Malloggi, secrétaire général de FO, premier syndicat d’Air France, interrogé par l’AFP.

« Depuis ce matin c’est l’incompréhension et un sentiment d’injustice » qui règnent dans l’entreprise, a commenté auprès de l’AFP Laeticia Niaudeau, directrice emploi, formation et diversité d’Air France.

Elle souligne l’intérêt de ce type d’étude pour « remettre un coup de zoom » sur le sujet de l’égalité des chances et de la lutte contre la discrimination « qu’il faut travailler en permanence, sans toutefois discréditer sans fondement des entreprises déjà engagées ».

Au sein du groupe Accor, la FGTA-FO indique qu’elle « restera vigilante sur ces questions et se réserve le droit de se porter partie civile si de telles dérives se reproduisent ».

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