Discrimination à l’embauche: « panorama inquiétant » du Défenseur des droits

PARIS, 19 septembre 2016 (AFP) – Le Défenseur des droits a dressé lundi un « panorama particulièrement inquiétant » des discriminations à l’embauche liées à l’origine, en particulier à l’encontre des personnes vues comme arabes et musulmanes.

Quelque 758 personnes ont répondu en ligne à un appel à témoignages lancé au printemps, dont le Défenseur des droits, Jacques Toubon, a dévoilé les résultats, présentés comme un « panorama particulièrement inquiétant du parcours d’obstacles que constitue le marché du travail pour les personnes d’origine étrangère ».

Parmi les témoignages, une demandeuse d’emploi de 25 ans, « première de (sa) classe avec 15 de moyenne », « recommandée » par tous ses anciens tuteurs de stages, indique avoir « à peine décroché deux entretiens en sept mois, en postulant tous les jours et en rappelant les entreprises ».

« Il est clair que ni mon nom et prénom, qui sonnent très étrangers, ni ma couleur de peau ne m’aident », conclut-elle.

Selon le Défenseur des droits, « les personnes qui sont vues comme arabes » notamment, « apparaissent sur-stigmatisées du fait de la consonance de leur nom et de leurs supposées convictions religieuses ».

« On m’a comparé à un terroriste durant l’entretien d’embauche », rapporte un travailleur de 34 ans, cité dans l’étude. Un chômeur de 41 ans affirme, lui, avoir été licencié « au lendemain des attentats de novembre » parce que son patron « voulait travailler avec des Français ». « Pour info, je suis français », ajoute-t-il. Comme 80% des répondants.

Face aux « discriminations à répétition », « les personnes d’origine étrangère tentent de trouver des solutions pour adapter leur projet professionnel », par exemple « en acceptant des emplois moins qualifiés, moins payés, plus précaires », écrit le Défenseur des droits.

Mais selon l’institution, « le départ à l’étranger apparaît souvent comme la seule option pour mettre un terme à la spirale de l’échec ».

« Je travaille dans l’informatique bancaire, j’ai 27 ans, un Bac+5, je parle quatre langues couramment, j’ai de l’expérience mais toujours pas de CDI… Actuellement, je pense à changer de pays et monter ma boîte à l’étranger », témoigne une femme.

« Fatalisme, renoncement, déclassement, projet d’expatriation… » Selon le Défenseur des droits, ces réactions illustrent une « perte de confiance à l’égard des institutions de la République et en la capacité des politiques publiques à lutter contre cette situation ».

Il y a « urgence à mener des politiques publiques fortes pour lutter contre ces discriminations », alerte l’institution.

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