« Discrimination systémique »: 25 ouvriers maliens attendent la reconnaissance de leur préjudice

PARIS, 23 mai 2019 (AFP) – Vingt-cinq travailleurs maliens, employés illégalement sur un grand chantier parisien en 2016, ont demandé jeudi devant le conseil de prud’hommes de la capitale près de 66.000 euros chacun entre autres pour travail dissimulé et « discrimination systémique »: décision attendue le 17 décembre

A l’audience, la représentante du Défenseur des droits, saisi par les ouvriers, a estimé que la société sous-traitante MT Bat Immeubles intervenant sur un grand chantier du VIIe arrondissement de Paris avait « volontairement constitué une équipe composée uniquement de travailleurs sans papiers pour les soumettre, pour des raisons économiques ».

Sandra Bouchon, qui représentait l’autorité indépendante dirigée par Jacques Toubon, a dit voir dans ce dossier la « représentation ultime de l’inégalité de traitement ». Ces ouvriers maliens étaient « cantonnés » à des tâches de démolition à la main, dans des « conditions de travail indignes » et très mal rémunérés.

Autant de faits qui caractérisent une « discrimination systémique », un concept « encore jamais reconnu dans une quelconque décision de justice », selon elle.

Ce serait une « première », a confirmé Alice Chanu, avocate des 25 manoeuvres employés en 2016 sur le chantier de la Villa Ségur par la société MT Bat Immeubles, depuis placée en liquidation judiciaire.

A la barre, Mahamadou Diaby a raconté qu’il était payé « 45 euros par journée » quand il a débuté et qu’il devait amener son « propre casque » et ses « propres gants » s’il voulait des équipements de protection.

Julie Beranger, représentant également le Défenseur des droits, a souligné le « chantage à l’emploi » des dirigeants face aux ouvriers, dont plusieurs acquiesçaient de la tête dans la salle bondée.

« On nous dit: +tu te démerdes, si t’es pas content, tu dégages, y’en a beaucoup+ », a-t-elle lu, citant l’audition d’un des travailleurs maliens dans le procès verbal de près de 300 pages dressé par l’Inspection du travail.

Le sociologue Nicolas Jounin, auteur d’une enquête de neuf mois sur des chantiers franciliens et auditionné comme témoin, a relevé l' »infériorisation » des « manoeuvres d’Afrique de l’ouest »: « Peu importe le prénom, tous étaient appelés Mamadou ».

Les « vingt-cinq » ont depuis été embauchés par le donneur d’ordre de MT Bat, l’entreprise Capron, à l’issue d’une grève de plusieurs semaines orchestrée par l’Union départementale CGT de Paris en 2016 à la suite d’un accident du travail sur le site.

Représentant le syndicat à l’audience, Maryline Poulain a souhaité que ce dossier puisse « faire évoluer le secteur » où « ces travailleurs sont considérés comme de la chair à chantier ».

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