Ecole polytechnique: la Cour des Comptes alerte sur une situation financière « préoccupante »

PARIS, 25 février 2020 (AFP) – L’Ecole polytechnique, un des fleurons des écoles françaises d’ingénieurs, n’est pas en mesure de regarder l’avenir « avec sérénité », handicapée par une « situation financière préoccupante » et « des insuffisances » dans sa gestion, prévient la Cour des Comptes dans son rapport annuel.

Déjà étrillée par plusieurs rapports au cours des dernières années, l’école créée en 1794 a entrepris une récente mutation, rappelle la Cour. Elle s’est ainsi « dotée d’une feuille de route consistant à se rapprocher du modèle prédominant au plan mondial en matière d’enseignement supérieur, tout en cherchant à préserver ses spécificités historiques et son excellence ».

Elle a notamment été conduite à diversifier ses formations sur le modèle licence-master-doctorat.

Pour autant, ses choix stratégiques « ne sont pas de nature à la projeter dans l’avenir avec sérénité », souligne la Cour dans son rapport publié mardi.

Les sages de la rue Cambon évoquent notamment une tutelle « lointaine » du ministère des Armées et une « dilution des responsabilités ».

A partir de 2016, de nouveaux cycles de formations ont été développés. Or ceux-ci « n’ont pas encore atteint leur équilibre financier, du fait d’effectifs en-deçà des prévisions et d’un coût pédagogique élevé ».

En sortant en 2017 du plateau de Paris-Saclay, qui bénéficie du label d’excellence Idex synonyme de moyens supplémentaires, l’Ecole, qui a rejoint d’autres écoles d’ingénieurs pour former l’Institut Polytechnique de Paris, s’est « mise en marge d’une source potentielle de financement », estime la Cour.

Ses résultats comptables font apparaître « cinq exercices déficitaires consécutifs, de 2014 à 2018 », se traduisant par une perte cumulée de près de 20 millions d’euros, « malgré un soutien financier accru de l »État à partir de 2016 ».

Polytechnique doit « prendre sans délai les mesures nécessaires pour rétablir, de manière durable, l’équilibre financier de ses comptes », estime la Cour, l’invitant à trouver « de nouveaux financements ».

La gestion des personnels enseignants, déjà critiquée dans un référé de 2012, reste « laxiste », poursuit le rapport, pointant des « anomalies » par exemple en matière d’attribution de primes.

« La gestion de l’École polytechnique n’est pas à la hauteur de sa réputation », cingle en conclusion la Cour.

« Mes services ont diligenté une mission d’expertise chargée d’identifier et de mettre en oeuvre les mesures nécessaires à son redressement financier », lui répond notamment la ministre des Armées Florence Parly.

La feuille de route de l’Ecole, « complètement intégrée à celle d’Institut Polytechnique Paris, appelle une mise à niveau de sa gestion, déjà lancée depuis un an », affirme aussi son président, Eric Labaye.

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