Elections dans la fonction publique: dernier jour de vote en plein mouvement des « gilets jaunes »

PARIS, 6 décembre 2018 (AFP) – Lancées la semaine dernière pour les agents votant par voie électronique, les élections professionnelles dans la fonction publique – qui concernent quelque 5,2 millions de personnels – s’achèvent jeudi par le traditionnel scrutin à l’urne, avec une inconnue, l’éventuel impact de la crise des « gilets jaunes ».

Enjeu de cette consultation: le rapport des forces en présence en vue de la future réforme de la fonction publique. Le projet, annoncé pour le premier semestre, constitue aux yeux des syndicats une attaque contre le statut de fonctionnaire, mais aussi les services publics, avec la suppression programmée de 120.000 postes d’ici la fin du quinquennat.

La CGT restera-t-elle première? L’ensemble des résultats sont attendus mardi mais de premières indications sur la tendance dans la fonction publique d’État (FPE), où le vote électronique concerne 72% des effectifs, devraient être connues jeudi soir.

Quelle influence la crise des « gilets jaunes » auxquels font face nombre de fonctionnaires (policiers, pompiers, agents des impôts…) pourrait-elle avoir sur la consultation ?

« Je ne sais pas », répond franchement Jean-Marc Canon (CGT). « On a énormément de mal à mesurer l’impact », reconnaît Mylène Jacquot (CFDT). « Difficile à dire », abonde Christian Grolier (FO), candidat malheureux à la succession de Pascal Pavageau à la tête de FO, pour qui les gens votent d’abord pour le syndicat « qui a fait le boulot, qu’il y ait les gilets jaunes ou que le secrétaire général d’une organisation soit un tel ou un tel ».

Pouvoir d’achat, place des services publics dans les territoires… Ces revendications des « gilets jaunes » sont autant de questions portées par les syndicats de la fonction publique, rappellent-ils. Des doléances « malheureusement confirmées (par la crise actuelle, ndlr) parce qu’elles n’ont pas été entendues auparavant », regrette Mylène Jacquot.

Sur la participation, « ça peut être à double entrée », observe Bruno Collignon (FA-FP): soit favoriser le vote en se « disant que l’engagement militant peut avoir du sens » ou, « à l’inverse », déduire des résultats obtenus par une mobilisation hors structures syndicales que « la solution n’est plus dans les corps intermédiaires, discrédités par le pouvoir ».

– La CGT « pas pessimiste » –

Alors que le début du scrutin électronique jeudi dernier avait été marqué par un bug au ministère de l’Éducation, ce retard semble avoir été rattrapé, selon plusieurs sources syndicales. La CGT a toutefois fait état, pour le vote en général, de plusieurs dysfonctionnements « significatifs ».

En milieu de semaine, la participation au plan national correspondait à peu près aux dernières élections en 2014, où elle avait atteint 52,8%, en recul de plus de deux points sur 2011.

Elle sera aussi scrutée à l’aune de l’extension du vote électronique. Une « semi-inconnue » pour Luc Farré (Unsa) car, « partout où il a été mis en place, il y a une baisse », dit-il.

La consultation, qui vise à désigner les représentants des fonctionnaires et agents publics dans quelque 22.000 instances, va livrer une photographie des forces en présence pour les quatre prochaines années.

Premier syndicat toutes fonctions publiques confondues (État, territoriale et hospitalière) avec 23,1%, la CGT n’a « pas de raison d’être pessimiste », selon M. Canon. A quelques points derrière, la CFDT (19,3%) entend progresser mais surtout devenir le « premier » syndicat de France (secteurs public et privé réunis).

Pour FO, troisième au général (18,6%), « la priorité, c’est de garder la première place à l’Etat », souligne M. Grolier. Une place ravie en 2011 à la FSU, cinquième avec 7,9%, qui ambitionne justement de la « reconquérir ».

Parmi les autres syndicats, l’Unsa, quatrième avec 10,4% et qui entend « faire mieux », Solidaires (6,85%), la CFTC (3,3%), la CFE-CGC (2,9%) et la FA-FP (Autonomes, 2,9%).

Face aux projets de l’exécutif – recours accru aux contractuels (agents hors statut), rémunération au mérite, incitation au départ ou encore fusion d’instances représentatives comme dans le privé -, les syndicats ont mis en cause une « attaque » de la fonction publique et dénoncé un dialogue « inexistant ».

Ces orientations sont « incompatibles avec un projet de société solidaire et égalitaire », souligne la FSU.

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