En difficulté, Servier revoit son modèle de croissance et sabre 610 emplois commerciaux

PARIS, 26 novembre 2015 (AFP) – Le groupe pharmaceutique Servier a annoncé jeudi une refonte de son modèle de croissance, ancien et en panne, qui va notamment passer par la suppression nette de 610 emplois sur 690 dans ses activités de marketing médical en France.

La réorganisation de ses activités de visite et de promotion médicale devrait être mise en oeuvre au second semestre 2016.

« C’est un projet difficile, mais nécessaire pour sauvegarder la compétitivité » de Servier, dans un contexte de marché de plus en plus délicat, a justifié le président du groupe, Olivier Laureau, cité dans un communiqué.

« Nous serons particulièrement mobilisés pour favoriser le dialogue social et adopter des mesures sociales de manière concertée », a insisté M. Laureau.

Selon un salarié joint par l’AFP, la restructuration a été « brutalement annoncée aujourd’hui aux directeurs régionaux et délégués du personnel », une réunion suivie par l’envoi d’un courrier à l’ensemble du personnel alors « qu’ils nous disaient encore il y a une semaine de ne pas nous inquiéter ».

La direction « va essayer de passer en force pour faire partir les gens avec les indemnités légales minimum », a estimé ce salarié.

La fédération CFE-CGC Chimie a fait aussi part à l’AFP de sa « stupéfaction » devant « l’ampleur » du plan et « la brutalité avec laquelle cette annonce a été faite ».

« Dans un contexte où de nombreux plans sociaux se succèdent depuis plusieurs années au périmètre des forces commerciales des laboratoires pharmaceutiques, il semble évident que ces salariés ne retrouveront pas d’emploi », estime le syndicat.

Le processus officiel d’information-consultation du personnel commencera le 3 décembre, précise le courrier du président, consulté par l’AFP.

– Recentrage et efforts de R&D –

Servier est « pénalisé par des pressions concurrentielles, réglementaires et économiques », comme des pertes de brevet, la progression rapide des génériques, les déremboursements ou des baisses de prix imposées, et par la « complexité » à développer de nouvelles solutions thérapeutiques », selon le communiqué du groupe.

Ses ventes en France hors génériques devraient s’établir à 241,6 millions d’euros pour son exercice décalé 2014/2015 clos au 30 septembre, selon des chiffres préliminaires, a précisé à l’AFP une porte-parole du groupe. Soit deux fois moins qu’il y a cinq ans.

Par ailleurs, 92% de ses ventes hors génériques sont réalisées hors de France, qui n’est plus que son troisième marché, derrière la Russie puis la Chine.

Et à l’heure actuelle, « plus de 80% » des ventes de Servier proviennent de médicaments qui ne sont plus protégés ou qui vont tomber dans le domaine public d’ici 2019″, a averti M. Laureau dans sa lettre au personnel.

Pour renouer avec le succès, Servier doit résoudre une équation complexe: renouveler son portefeuille de produits pour éviter une « chute significative » de ses résultats, tout en dégageant les ressources nécessaires à l’effort de recherche-développement, « clé de voûte » de l’entreprise qui y consacre 27% de son chiffre d’affaires, explique M. Laureau dans ce courrier.

Servier compte se recentrer dans certaines aires thérapeutiques, en particulier la cancérologie. Il veut aussi renforcer la promotion de ses médicaments actuels dans les pays émergents, poursuivre sa politique de partenariats et développer des médicaments génériques et biosimilaires.

Son plan de modernisation prévoit aussi de réduire de 25% en trois ans le coût de ses sites de production, hors achats de matières premières, a-t-on appris jeudi du groupe.

Servier vise un chiffre d’affaires de 5 milliards d’euros à l’horizon 2020, contre 3,9 milliards d’euros pour son exercice 2014/2015, selon un chiffre provisoire communiqué jeudi à l’AFP.

Au total, Servier compte plus de 21.000 salariés dans le monde, dont 5.000 en France, où sa réputation est sérieusement écornée par le scandale de son médicament Mediator, à l’origine de graves lésions des valves cardiaques.

Le 22 octobre, au civil, le tribunal de grande instance de Nanterre a reconnu pour la première fois la responsabilité des laboratoires Servier, estimant qu’ils avaient laissé sur le marché un médicament « défectueux » dont ils ne pouvaient « ignorer les risques ».

La fin de l’enquête au pénal, le volet principal de l’affaire, a été quant à elle repoussée par la cour d’appel de Paris vendredi dernier.

etb-shu/jah/ei