En Europe, les aides d’Etats à la rescousse des travailleurs indépendants

BERLIN, 7 avril 2020 (AFP) – Du jour au lendemain, des dizaines de milliers de travailleurs indépendants européens se sont retrouvés sans travail en raison des fermetures de magasins et des multiples annulations d’événements pour enrayer la propagation du coronavirus.

L’AFP a pu s’entretenir avec plusieurs personnes durement frappées par les difficultés économiques indues qui ont demandé une aide de l’Etat, parfois salvatrice.

– « De quoi vais-je vivre ? » –

Anna Luise Oppelt, chanteuse classique à Berlin, se souvient du choc quand elle a appris il y a trois semaines que tous ses concerts jusqu’à fin avril étaient annulés.

« Je me suis dit: mon Dieu, maintenant je n’ai plus rien. De quoi vais-je bien pouvoir vivre dans les prochains mois? », raconte cette artiste indépendante de 35 ans qui chante aussi bien dans les églises en solo que dans des ensembles un peu partout en Allemagne.

Car avec Noël, Pâques est la période la plus chargée.

Pour atténuer le choc du confinement forcé, le gouvernement allemand a décidé un plan géant de soutien économique de 1.100 milliards d’euros essentiellement pour protéger les grandes entreprises.

Mais il a aussi réservé une enveloppe de 50 milliards d’euros d’aide immédiate pour les PME et travailleurs indépendants, dont les artistes.

Anna Luise Oppelt s’enregistre en ligne un vendredi mais prend peur quand elle s’aperçoit figurer à la 140.000e place sur liste d’attente.

Finalement, elle peut remplir son formulaire le lundi. Le lendemain, elle reçoit une confirmation, sa requête est acceptée et l’argent (5.000 euros) déjà sur son compte, de quoi tenir pour les six mois à venir, souligne-t-elle.

– « L’Allemagne est incroyable! » –

Cette peur existentielle a également été un temps ressentie par l’Australienne « Anto Christ », artiste multi disciplinaire, peintre et photographe entre autres, et depuis six ans à Berlin.

« Je suis artiste tous les jours, mais pour l’argent, je fais des ateliers pour les enfants et travaille dans un club », explique la jeune femme aux cheveux mi-longs teints en rose.

Mais depuis, écoles comme boîtes de nuit ont fermé, au moins jusqu’au 19 avril.

Pour elle, l’attente a été un peu plus longue, quatre jours. Mais elle ne se plaint pas: « recevoir cet argent a été une aide énorme, un énorme soulagement pour les six mois à venir ». D’autant plus qu’il s’agit d’argent « que je n’aurai pas à rembourser ».

« En ce moment, je trouve que l’Allemagne est incroyable », s’exclame-t-elle, soulignant que dans son pays d’origine, l’Australie, les artistes n’avaient aucune aide de la sorte.

– Attente incertaine –

Mais cette attente d’aides d’Etat s’avère parfois plus compliquée, comme en Italie.

Sara Matteuzzi, 30 ans, s’occupe de la gestion de trois appartements « AirBnB » en location pour les touristes au centre de Rome: « je suis complètement au chômage ».

Les trois personnes qui travaillent habituellement avec elle pour le ménage dans les appartements, toutes Sud-Américaines, ont également perdu toutes sources de revenus. « J’ai demandé l’aide de 600 euros de l’Etat pour les travailleurs indépendants. Je dois payer les charges et le loyer aux propriétaires des appartements », a-t-elle dit.

Elle a été parmi les premières à faire sa demande à l’INPS (Institut national de sécurité sociale), le 1er avril. « Ils m’ont répondu 24 heures plus tard, en me disant qu’ils allaient m’attribuer un numéro pour la procédure. Mais rien de plus concret. Je compte beaucoup dessus », s’inquiète-elle.

– « Document très compliqué » –

Cecilia Gaspar travaille à mi-temps comme femme de ménage dans un bureau à Rome et a été mise en congés.

Cette Péruvienne de 52 ans a demandé à la municipalité un bon d’alimentation pour faire les courses, car elle doit aider sa fille de 20 ans, qui a un nouveau-né.

« J’ai rempli un document très compliqué. Ils doivent m’envoyer un message sur mon téléphone où ils m’expliqueront comment retirer le bon. J’y ai droit parce que j’ai perdu mes autres travaux de ménage qui me permettaient de joindre les deux bouts ».

On lui a fait savoir que les bons arriveraient avant le 9 avril, mais elle ne sait pas encore ni où ni comment.

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