En France, des profs moins formés qu’ailleurs à gérer les élèves perturbateurs (OCDE)

PARIS, 19 juin 2019 (AFP) – Les enseignants français pâtissent d’un manque de formation continue comparé à leurs collègues d’autres pays: moins formés dans la gestion de la classe et des comportements perturbateurs des élèves, ils sont aussi plus nombreux à signaler des problèmes de discipline.

L’OCDE a interrogé 260.000 enseignants et chefs d’établissement dans 48 pays et économies participant à la grande enquête Talis réalisée tous les cinq ans, dont les premiers résultats sont publiés mercredi.

Seulement 66% des enseignants français exerçant au collège disent avoir été formés, lors de leurs études ou pendant leur carrière, au contenu, à la pédagogie et à la mise en pratique de matières qu’ils enseignent, contre une moyenne de 79% pour l’ensemble des 31 pays ayant répondu à cette question précise.

Seules l’Espagne, l’Italie et la République tchèque affichent des pourcentages inférieurs.

Ils sont aussi seulement 55% à déclarer avoir été formés, pendant leurs études, à la gestion des comportements des élèves, contre 72% pour leurs collègues des pays de l’OCDE. Et ils ne sont que 22% à se dire « bien préparés » dans ce domaine (comparé à une moyenne de 53% pour leurs collègues étrangers).

Karine Tremblay, analyste sur les sujets éducation à l’OCDE, a souligné « le profil atypique » de la France en matière de formation des enseignants. L’accent est mis sur les contenus disciplinaires tandis que la pédagogie et les pratiques sont enseignées plus tard dans le cursus, a-t-elle noté lors d’une conférence de presse.

Près d’un enseignant français sur cinq indique même n’avoir reçu aucune formation sur les contenus disciplinaires.

Faut-il y voir un lien de cause à effet? Les professeurs français passent plus de temps au maintien de l’ordre dans leurs classes (17% contre 13% dans l’OCDE), et donc moins de temps à l’enseignement et à l’apprentissage (75% du temps de classe contre 78% en moyenne pour les profs des autres pays).

Et plus d’un tiers des enseignants français (35%) signale des problèmes de discipline, contre 28% en moyenne dans les pays de l’OCDE ayant participé à l’étude.

Le rapport souligne également les écarts de temps d’enseignement entre les collèges à forte concentration d’élèves de milieux défavorisés et les établissements les plus favorisés, en France: 7,5 jours sur une année scolaire, qui correspondent au temps consacré au retour au calme.

Un écart particulièrement marqué en France dû peut-être, selon l’OCDE, au fait d’envoyer dans les établissements les plus défavorisés les enseignants débutants. Or, sans surprise, les profs débutants sont moins nombreux que les profs expérimentés à se dire capables de contrôler les comportements perturbateurs en classe.

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