En pleine grève des cheminots, le Festival de Cannes sur le front social

CANNES, 15 mai 2018 (AFP) – Dans un climat tendu en France, sur fond de mobilisation des cheminots, les questions sociales ne sont pas oubliées sous les paillettes du Festival de Cannes, avec notamment « En guerre » de Stéphane Brizé, où des salariés luttent contre la fermeture de leur usine.

Alors que la grève à la SNCF a connu lundi son 18e jour depuis début avril, des cheminots veulent s’inviter au Festival vendredi. Le syndicat CGT a appelé mardi dans un communiqué à un rassemblement vendredi après-midi pour « un défilé jusqu’au Palais des festivals ».

En attendant, c’est avec « En guerre », en compétition pour la Palme d’or, que la question du travail s’est invitée mardi au Festival, cinquante ans après le mouvement de contestation de mai 68, qui avait secoué la France… mais aussi le Festival, interrompu en solidarité avec les ouvriers et étudiants.

En salles mercredi en France, ce nouveau film cinglant de Stéphane Brizé – après « La loi du marché » en compétition à Cannes en 2015 – raconte de façon très réaliste la lutte de salariés pour empêcher la fermeture de leur usine.

Vincent Lindon y incarne Laurent Amédéo, un représentant syndical de l’entreprise Perrin Industrie, filiale d’un important groupe allemand, qui annonce la fermeture totale de son usine malgré un bénéfice record. En colère, les salariés, emmenés par ce leader syndical, vont tenter coûte que coûte de sauver leur emploi.

Inspiré notamment par la lutte des salariés de l’usine Continental de Clairoix en 2009, ce film, dont tous les acteurs à part Vincent Lindon sont non professionnels – les ouvriers étant joués par de vrais syndicalistes – suit au plus près leur combat, de réunions en opérations coup de poing, dans une mise en scène dépouillée.

« Je n’invente strictement rien, je n’ai pas assez d’imagination pour ça (…) Ce dont je parle dans le film, cette entreprise-là, elle existe. Ce n’est pas Perrin Industrie comme dans le film, à l’époque c’était Continental, mais c’est plein d’entreprises qui se retrouvent dans cette situation là », explique Stéphane Brizé à l’AFP.

« Tous les jours, on nous parle d’une fermeture d’usine, et pour autant moi je n’ai pas compris exactement pourquoi on les fermait ces entreprises, celles qui gagnent de l’argent », ajoute-t-il.

– ‘Tribune colossale’ –

Pour le réalisateur, « En guerre » est « un film politique dans le sens où il regarde la manière dont la cité et le monde fonctionnent ».

« Je m’attache à rendre compte de quelque chose qui de mon point de vue dysfonctionne », dit-il encore, soulignant que Cannes est « une tribune colossale » pour parler de ce type de sujets.

« Je trouve que c’est assez malin d’attirer les gens avec un côté festif (…) dans une belle salle, où on va leur montrer des films qui font état du monde », observe-t-il.

Autre film faisant écho aux préoccupations économiques et sociales, « Nos Batailles » du Franco-Belge Guillaume Senez, présenté dans la sélection parallèle de la Semaine de la critique, raconte l’histoire d’un père de famille, délégué syndical dans son entreprise, qui va devoir se débrouiller seul avec ses enfants alors que sa femme disparaît. Le film fait état en parallèle de ces deux combats menés par cet homme, incarné par Romain Duris.

Le réalisateur de 39 ans, dont c’est le deuxième long métrage, explique avoir voulu faire un film « sur les répercussions du monde du travail d’aujourd’hui sur la famille, sur l’intime ».

« Le monde dans lequel on vit, la politique qui est menée, cette sorte de capitalisme 2.0, je pense que la plupart des artistes ne s’y retrouvent pas », dit-il à l’AFP. Pour lui, « si le spectateur est ému et qu’il se pose les bonnes questions, ce sera beaucoup plus fort que si on lui dit ce qui est bien ou pas ».

La thématique sociale traversera de nouveau le Festival mercredi avec la présentation, en séance spéciale, de « La Traversée », documentaire de Romain Goupil et l’ex-député européen Daniel Cohn-Bendit. Un « road movie » dans la France d’aujourd’hui, où le président Emmanuel Macron fait une brève apparition.

slb//elp