Entre grèves et blocages, la contestation de la loi travail se durcit

PARIS, 25 mai 2016 (AFP) – Files d’attente aux stations-services, production d’électricité affectée, transports perturbés et manifestations spontanées: la grogne contre la loi travail reste intense mercredi, la contestation se propagant des raffineries aux réacteurs nucléaires et au trafic SNCF.

Le gouvernement, qui n’envisage pas de retirer le texte, tente de garder la main, envoyant mercredi à l’aube les forces de l’ordre pour débloquer le dépôt de carburants de Douchy-les-Mines, dans le Nord, dont l’accès était occupé depuis jeudi par des syndicalistes.

« Les CRS sont allés vite, ils ont utilisé le canon à eau. On sent les forces de l’ordre sur les nerfs », a relevé Willy Dans, porte-parole du syndicat Sud dans le Valenciennois, présent sur place.

A Brest, une soixantaine de manifestants qui avaient pris position vers 05H30 à un des ronds-points du port de commerce donnant accès au dépôt de carburant, en ont été délogés « vigoureusement et sans sommation alors que tout se passait dans le calme » par les forces de l’ordre, selon le responsable syndical FO Marc Hébert.

Le secrétaire d’Etat aux Transports Alain Vidalies a indiqué mardi que 20% des quelque 12.000 stations-service françaises étaient « en difficulté » d’approvisionnement.

A Paris par exemple, la pénurie touchait aussi la station Total de la Porte d’Orléans. A 07H00, plus une goutte. La livraison attendue en fin de nuit n’était toujours pas arrivée.

Opposés à la loi El Khomri, les syndicats, la CGT et FO en tête, appellent à une huitième journée de grèves et de manifestations partout en France jeudi pour réclamer le retrait du texte.

Mais les signes de protestation se multipliaient déjà mercredi.

Au péage du pont de Normandie, des manifestants bloquaient mercredi matin les files de camions dans les deux sens.

Le conflit autour des sites pétroliers, au coeur de la contestation du projet de loi travail depuis plusieurs jours, se prolongeait. Six raffineries sur huit au total en France sont au ralenti ou à l’arrêt.

« Tant que le gouvernement refuse de discuter, il y a des risques que la mobilisation s’amplifie », a affirmé mercredi sur France Inter le leader de la CGT, Philippe Martinez.

Tout en dénoncant le « durcissement » opéré par la CGT, le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll a indiqué que l’hypothèse d’une réquisition d’employés dans les raffineries en grève n’avait « pas été évoqué(e) ».

– Coupures d’électricité –

La CGT-Energie souhaite désormais étendre la mobilisation aux centrales nucléaires, appelant à un mouvement d’action « le plus fort possible » jeudi contre la loi travail et la dégradation de la filière.

La centrale de Nogent-sur-Seine (Aube), située à une centaine de kilomètres au sud-est de Paris, est déjà touchée.

« Il a été décidé d’un blocage du site à la centrale de Nogent et d’une baisse de charges lors d’une assemblée générale du personnel », a indiqué mardi à l’AFP, Arnaud Pacot, secrétaire général CGT-Energie Aube.

Un des deux réacteurs est à l’arrêt depuis mardi « en raison d’un problème technique » et « on fera en sorte de ne pas le redémarrer », a-t-il expliqué.

Des coupures électriques ont déjà eu lieu mardi dans plusieurs quartiers de Nantes ainsi que dans le plus grand centre commercial d’Europe à Marseille.

Interrogé par l’AFP, un porte-parole d’EDF a déclaré qu’il était « ‘difficile » de prévoir les conséquences de ces mouvements de contestation sur la production électrique.

Près de Clermont-Ferrand, des militants CGT qui avaient été délogés lundi matin du dépôt de carburants de Cournon tentaient d’attiser la fronde en bloquant une plate-forme logistique du distributeur Atac.

A Coignières (Yvelines) un groupe d’une trentaine de syndicalistes CGT et FO a bloqué l’accès de la zone industrielle des Marais au bout de laquelle se trouve le dépôt de carburant.

Le trafic SNCF, où des cheminots font grève pour défendre leurs conditions de travail et contester le projet de loi travail, était aussi perturbé: la direction prévoit la circulation de 3 TGV sur 4 et de 4 RER sur 5.

A Toulouse, le quartier de la gare SNCF et routière était bloqué selon la police par quelque 200 manifestants, des cheminots ayant été rejoints par des manifestants de Nuit Debout, de CGT et de Sud.

Des barrages ont été dressés depuis 05H40 par les manifestants, dans un face-à-face avec les policiers, paralysant la circulation du centre-ville à une heure de forte affluence.

« Il y a eu beaucoup de désinformation autour de la loi travail. A partir de là, il y a une petite minorité qui essaie de radicaliser les choses. Nous ne tomberons pas dans la provocation », a assuré sur RTL le secrétaire d’État aux relations avec le Parlement, Jean-Marie Le Guen.

Pourtant le ministre de l’Economie Emmanuel Macron a suggéré dans une interview aux Echos d’aller plus loin. « Il faudra élargir le champ de la négociation collective au niveau de l’entreprise à d’autres domaines », a-t-il plaidé.

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