Entre menace et volonté d’apaisement, l’exécutif tente de sortir de la crise

PARIS, 10 juin 2016 (AFP) – Entre menace de réquisition et volonté d’apaisement, l’exécutif tente de sortir de la crise sociale in extremis, le jour même de l’ouverture de l’Euro, qui se doit d’être « une belle vitrine de la France » selon Manuel Valls.

Alors que tous les yeux sont braqués sur la France touchée par les grèves d’éboueurs, de cheminots et de pilotes, le ton est monté jeudi soir. A quelques minutes d’intervalle, les deux têtes de l’exécutif ont affiché leur fermeté face aux grèves.

En marge d’un déplacement à Clermont-Ferrand, le Premier ministre Manuel Valls, interrogé sur une possible réquisition de conducteurs, n’a exclu « aucune hypothèse » pour acheminer les spectateurs des matches de football, soucieux que la compétition sportive « soit une belle vitrine de la France ».

Quelques minutes plus tard, le président François Hollande a promis que « l’État prendra toutes les mesures nécessaires » vendredi, jour du premier match. « S’il doit y avoir des décisions, elles seront prises », a-t-il prévenu.

Vendredi matin, deux ministres concernés au premier plan ont à leur tour abaissé les cartes de la négociation. Le ministre des Transport Alain Vidalies du côté de la fermeté a affirmé qu' »il n’y aura aucune tolérance par rapport à des agissements qui remettraient en cause la grande fête dans laquelle la France s’engage ».

Du côté de l’apaisement, la ministre du Travail Myriam El Khomri s’est dite « prête à recevoir Philippe Martinez (le numéro 1 de la CGT, ndlr) dans la minute si cela peut permettre de lever tous les blocages dans le pays ».

Celui-ci a déclaré vendredi à l’AFP être « disposé » à rencontrer la ministre « même ce week-end », tout en prévenant: « la mobilisation continue ».

En attendant la réaction de M. Martinez, la ministre avait néanmoins répété que « le gouvernement n’a pas l’intention de retirer ce texte ni même de le détricoter ».

Soucieux de ne pas entretenir la tension, alors que M. Martinez a reconnu jeudi que ne pas faire de l’Euro « une vraie fête populaire » ne serait « pas la meilleure image que l’on puisse donner de la CGT », l’exécutif a d’abord multiplié les concessions (SNCF, routiers, intermittents, enseignants, aviation civile, etc).

– Dialogue plutôt que « coups de menton » –

Alors que la critique du gouvernement redonne du baume au coeur de la gauche de la gauche et que la mobilisation contre la loi travail reste populaire chez les Français, le président Hollande espérait beaucoup, selon des responsables socialistes, de l’arrivée du texte lundi au Sénat, où il va être remanié par la majorité de droite.

De même source, cette nouvelle version allait, selon le chef de l’État, permettre d’accréditer auprès des grévistes l’idée que le texte est en réalité protecteur pour les salariés. De cette manière, aidé par une opinion publique soucieuse de vivre un Euro de foot dans de bonnes conditions et de présenter une bonne image de la France, arriverait l’affaiblissement puis l’extinction de la mobilisation.

« Il attend juillet (…) C’est comme la crue: lentement ça descend », analyse un haut responsable du PS, à propos du retour du texte à l’Assemblée nationale.

« Je ne me mettrai pas dans l’impasse où le gouvernement s’est mis aujourd’hui car quoi qu’il fasse, il en subira les conséquences », a résumé vendredi Alain Juppé (LR), candidat favori des sondages pour la présidentielle, appelant à la « reprise du dialogue ».

Du côté de la gauche, on exhorte le gouvernement à « dialoguer ». « Je prône le dialogue plutôt que les méthodes qui consistent à s’envoyer des coups de menton à la figure », a déclaré vendredi la maire de Paris Anne Hidalgo (PS) qui goûte peu l’article 2 de la loi El Khomri, point central de la contestation.

« En réalité il n’y aura pas de problème, on surjoue avant le match de ce soir (…) mais ça voudrait dire qu’on mobilise de l’argent public pour faire en sorte d’acheminer des supporters là où il serait beaucoup plus simple de dire: +on renégocie+ », a analysé vendredi l’ancien ministre socialiste Benoît Hamon, renvoyant la responsabilité de la tension au « tempérament de Manuel Valls ».

bur-lum/bpa/nm