Euro 2016: à quelques heures du coup d’envoi, le conflit social joue les prolongations

PARIS, 10 juin 2016 (AFP) – A quelques heures du coup d’envoi de l’Euro de football, les autorités françaises, déjà sous pression pour assurer la sécurité, se sont engagées vendredi à limiter les conséquences des grèves prolongées dans le ramassage des ordures et les transports.

Risque de difficulté d’acheminement des spectateurs au Stade de France pour le match d’ouverture, accumulation de poubelles dans les rues de Paris… : pour le président du comité d’organisation de l’Euro-2016, la fête est « déjà » gâchée par les mouvements sociaux contestant une réforme gouvernementale.

« L’image qui est donnée n’est pas celle que nous voulions », a regretté Jacques Lambert sur la radio France Inter. Quelque huit millions de personnes, dont deux millions d’étrangers, sont attendus en France durant la compétition qui s’achèvera le 10 juillet.

Les autorités, préoccupées par l’impact du conflit social sur l’image de la France, ont promis de tout faire pour limiter les perturbations.

« Nous allons assurer l’acheminement » des 80.000 spectateurs qui doivent assister vendredi soir au match France-Roumanie, a promis le secrétaire d’Etat français aux Transports, Alain Vidalies.

Malgré la grève qui affecte son trafic, la Société nationale des chemins de fer (SNCF) a mis en place des navettes spéciales entre Paris et le stade pour acheminer les spectateurs, a-t-il rappelé, réaffirmant en outre que le gouvernement ne renoncera « à aucun moyen à sa disposition ».

« S’il faut utiliser les réquisitions (de conducteurs de trains, NDLR) demain, nous le ferons », a-t-il assuré.

Les conducteurs de la ligne de banlieue desservant le stade, dans la banlieue nord de Paris, ont prévenu qu’ils feraient massivement grève vendredi. Sur l’ensemble du réseau ferroviaire, la grève semblait cependant s’essouffler.

Le président socialiste François Hollande avait déjà assuré jeudi que l’Etat prendrait « toutes les mesures nécessaires » pour assurer le succès de l’Euro-2016 malgré les grèves à répétition.

– ‘on est là’ –

Depuis plus de trois mois, la France est en proie à un conflit social lié à la dernière grande réforme du mandat de M. Hollande portant sur le droit du travail. A la manoeuvre, le premier syndicat CGT, historiquement proche du Parti communiste.

La maire de Paris, Anne Hidalgo, a quant à elle promis que toutes les ordures seraient ramassées dans la capitale en dépit d’une grève cette semaine des éboueurs. Quand ? « Là, maintenant. Aujourd’hui, elles sont en train d’être ramassées », a-t-elle déclaré.

La maire socialiste a néanmoins indiqué qu’il faudrait « quelques jours » pour revenir à une situation normale. Depuis le début de la semaine, les poubelles s’accumulent sur les trottoirs de Paris, offrant un spectacle peu reluisant de la « Ville lumière ».

Des agents bloquent le plus important centre de traitement d’ordures ménagères du pays, l’usine d’Ivry-sur-Seine en région parisienne. Ils ont décidé jeudi de reconduire leur grève jusqu’à mardi pour coïncider avec la journée de manifestation nationale contre la réforme gouvernementale.

Sur le terrain sportif et avant même le début de la compétition, un Français et un Anglais ont été interpellés et placés en garde à vue à Marseille (sud) dans la nuit après des incidents entre supporters.

« Un pays sens dessus dessous, otage d’une poignée de syndicalistes et contestataires violents. La pagaille est totale », commentait le quotidien conservateur Le Figaro. Le Journal de la Haute Marne renchérissait: « on aurait aimé que cet Euro ne devienne pas, quelque part, l’otage du mécontentement avant même la rencontre inaugurale. »

En guise de lever de rideau de la compétition, un concert géant gratuit s’est déroulé sous haute surveillance jeudi soir au pied de la tour Eiffel, avec le DJ David Guetta en tête d’affiche.

Après des contrôles renforcés, les 80.000 spectateurs ont profité avec sérénité du spectacle, qui faisait office de test pour le dispositif sécuritaire mis en place dans cette fan-zone, la plus grande de la compétition.

« Malgré les fouilles, on n’est jamais totalement rassurés, mais enfin on est là », a confié Pierre, un Franco-allemand de 20 ans, en référence aux attentats de 2015 (147 morts).

Pour éviter de nouvelles attaques, le gouvernement a multiplié les moyens avec pas moins de 90.000 policiers, gendarmes et agents de sécurité privé déployés pendant la compétition.

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