Eviter à tout prix la « catastrophe » pour l’économie française d’un déconfinement raté (économiste)

PARIS, 30 avril 2020 (AFP) – L’économie française s’est contractée de 5,8% au premier trimestre, plongeant dans une récession qui va encore s’accentuer, prévient l’économiste de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) Mathieu Plane, pour qui la réaction de l’Etat sera décisive dans les mois qui viennent afin d’éviter une « catastrophe ».

QUESTION: Le choix de reprendre l’activité le 11 mai, même progressivement peut-il limiter la casse?

REPONSE: Chaque jour qui passe, ce sont des pertes accumulées mais cela ne veut pas dire qu’en sortie de confinement on récupèrera tout. On ne sera pas du tout à notre niveau de production d’avant crise, mais ça sera moins catastrophique.

Tout l’enjeu est d’avoir une reprise la plus rapide possible en évitant une crise sanitaire majeure. Si ce moment-là est mal géré, la catastrophe serait d’avoir à nouveau une envolée de l’épidémie et potentiellement un confinement cet été, qui serait catastrophique pour tous les commerces saisonniers.

Le problème qui va vite se poser, c’est une sorte de deuxième tour de la crise, avec des faillites et des licenciements. Pour le moment, tout cela est contenu par les dispositifs comme le chômage partiel. Mais les perspectives à moyen terme d’activité sont très dégradées pour certains secteurs.

Et même si les commerces rouvrent, si le tourisme reprend un peu, on sera très loin de l’activité d’avant. Et avec des contraintes d’organisation beaucoup plus fortes, des coûts fixes qui s’accumulent, comme les loyers pour les commerçants, les coûts faramineux de certains équipements non utilisés, etc.

Vous avez aussi le problème des dettes fiscales. Pour l’instant, on est sur des reports de paiement et on risque de se retrouver dans les mois qui viennent avec un mur de dette, y compris bancaire pour de nombreux commerces et PME. Et l’ajustement risque de se faire sur l’emploi. A l’OFCE, on a estimé à 460.000 les pertes sur huit semaines de confinement, avant même une vague d’ajustement de l’emploi et de licenciement dans un second temps.

Q: Que peut faire le gouvernement?

Il y a une phase très compliquée qui arrive et l’intervention de l’Etat va être très importante. Prolonge-t-il les dispositifs fiscaux? Est-ce qu’il les élargit en faisant des annulations de dette fiscale, par exemple sur certains secteurs? Est-ce qu’il prend en charge des loyers pour des commerces?

S’il décide d’annuler complètement la dette fiscale, cela va créer un choc budgétaire assez massif mais avec un problème de ciblage et beaucoup d’effets d’aubaine. Et s’il veut cibler mieux, c’est moins coûteux budgétairement mais assez compliqué à mettre en place, même d’un point de vue juridique et constitutionnel.

Il va falloir que l’Etat aille plus loin que la reconduction des mêmes dispositifs pour éviter des dégâts structurels même si probablement ils existeront. C’est le cas par exemple dans les activités liées au tourisme ou au secteur aérien, on est parti probablement sur des années de sous-activité et même sur des changements structurels profonds, que ce soit sur notre structure de production ou notre façon de consommer, de voyager…

Et malgré tout, il existe une contrainte budgétaire même si les banques centrales sont derrière, même si l’Etat français est solide.

Q: Il annonce notamment un plan de relance à la rentrée…

Les plans de relance c’est bien, investir dans la transition écologique c’est nécessaire, mais ça c’est à horizon de 5 ans.

En plus, la crise touche énormément l’activité commerciale de petites et moyennes entreprises. Le traitement nécessite donc des mesures chirurgicales: ce sont des montants énormes mais qui doivent être très sectoriels et efficaces tout de suite. Donc si on fait des plans de relance globaux, on risque de passer à côté de ces problèmes sectoriels.

Et un plan de relance par l’investissement c’est bien, mais ça prend du temps. Là on est dans une course contre la montre jour par jour, donc il faut des réponses immédiates et ciblées.

Propos recueillis par Marie HEUCLIN

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