Face à la crise, les réponses « fortes » et « assez proches » des pays industrialisés (économiste OCDE)

PARIS, 31 mars 2020 (AFP) – A la différence de 2008, les pays industrialisés ont mis en place des réponses économiques et sociales « fortes » et « assez proches » face à la crise, notamment par un recours massif au chômage partiel, souligne Andrea Garnero, économiste à la division Emploi et Travail de l’OCDE.

QUESTION: Comment jugez-vous la réponse des Etats pour limiter les conséquences économiques et sociales de la crise sanitaire ?

REPONSE: Par rapport à la crise financière de 2008 il y a eu une réponse très forte et très rapide dans les 36 pays de l’OCDE, à l’exception du Mexique. Sans coordination formelle, les politiques ont été assez proches car la crise est due à une même cause extérieure, le virus, qui a entrainé un arrêt de l’économie pour en limiter la diffusion.

On constate que 90% des pays de l’OCDE ont pris des mesures d’aide de trésorerie aux entreprises et de soutien aux travailleurs perdant leur revenu ou un emploi. Deux tiers ont étendu ou adopté des mesures de chômage partiel, 60% ont renforcé les arrêts maladie et l’aide à la garde d’enfants et près de la moitié ont pris des mesures pour aider les gens à garder leur logement (factures, trêve hivernale).

En France, en Allemagne ou en Italie, il s’agissait surtout de renforcer des politiques existantes comme le chômage partiel.

Mais d’autres pays ont adopté des politiques qui n’existaient pas: le Royaume-Uni a introduit le chômage partiel à hauteur de 80% du salaire et les Etats-Unis ont mis dans la loi une forme de congé maladie (deux semaines pour les malades du coronavirus dans les entreprises de 50 à 500 salariés), ce qui est un pas un peu +révolutionnaire+ pour eux.

On assiste à une convergence vers le modèle européen avec un Etat social plus généreux.

Q: Le chômage partiel semble être vu comme la mesure-clé pour préserver l’emploi ?

R: C’est une grande leçon de la crise de 2008 où cela avait été efficace en Allemagne pour conserver les emplois.

C’est un outil très utile pour garder le lien de travail quand les entreprises ne sont plus en mesure de payer les salaires, ça permet de passer la tempête.

Mais c’est un outil temporaire, il faudra faire attention à la fin de la crise que cela ne continue pas à être utilisé pour aider une entreprise qui a des difficultés structurelles car cela bloquerait le travailleur dans un emploi qui n’a pas d’avenir.

Q/ Ces mesures suffiront-elles à éviter un chômage massif ?

R Cette crise est née comme une gigantesque crise de l’offre: les entreprises ont dû s’arrêter de produire, d’abord à cause du manque de pièces fabriquées en Chine puis à cause du confinement.

On a 30 à 40% de travailleurs à l’arrêt dans les pays confinés, c’est du jamais vu. En 2008-2009, le chômage a mis deux ans pour augmenter de 4 à 10% aux Etats-Unis alors qu’on a eu trois millions de demandes d’allocation chômage la semaine dernière !

A court terme, la crise peut être gérée avec le chômage partiel et un grand coût pour les finances publiques.

Mais à moyen terme, elle va se transformer en crise de la demande: les familles, dont certaines ont perdu des revenus, vont consommer moins de vacances, moins de sorties… cela aura un impact sur les entreprises qui risquent de licencier et de déprimer la demande dans une boucle. Ce sera alors aux politiques publiques de soutenir la demande, il y aura besoin d’investissements.

far/cel/spi