Face au coronavirus, l’urgence décuplée de l’aide aux sans-abri

LYON, 25 mars 2020 (AFP) – « Le drame est sous nos fenêtres. » Depuis que l’épidémie du nouveau coronavirus a transformé les rues en désert urbain, à Lyon comme ailleurs, les structures d’aide aux sans-abri ne savent plus où donner de la tête.

Marie-Claire, bénévole de l’association « Donner la main – Don de soi », sort d’une supérette de la place Bellecour. L’enseigne lui a donné des barquettes de poulet, de crudités, d’oeufs, de fromage – de quoi remplir un petit chariot.

« Plutôt que de jeter ces produits dont la date de péremption était proche, en ces temps de crise sanitaire, on a des consignes pour aider les associations », explique Jérémy Cardron, directeur adjoint du magasin.

Mohamed, la trentaine, assis par terre contre une borne de vélo-partage, est servi le premier dans une assiette en carton. Il commence par boire, à grandes gorgées. Le soleil tape dur en ce début d’après-midi, la plupart des fontaines ne fonctionnent pas et les toilettes publiques sont fermées.

« C’est dur de trouver de l’eau, si on nous en achète pas… Les gens sont plus fermés, plus craintifs, y a moins de monde. Il faut une journée entière pour récolter de quoi manger, avant une matinée suffisait », explique-t-il. « Avec le confinement, on galère grave », confirme David, la cinquantaine.

« Ils ont soif car il fait chaud. Ils ont faim car il n’y a plus personne pour les aider: la manche ne fonctionne plus et les accueils de jour ont fermé », résume Jean-Marc Roffat, président de l’association. « J’ai peur que certaines personnes se laissent partir. Je l’ai vu dans les yeux d’un grand-père. »

Il en appelle à un « plan blanc » pour les sans-abri et invite aussi tout un chacun à descendre dans la rue, « avec une bouteille remplie au robinet et un reste de pâtes », pour les donner à ceux qui en ont besoin.

– crise sanitaire majeure ? –

Un peu plus loin, un SDF qui tue le temps, à l’ombre devant une banque, prend du café, avec un sucre. Un autre, Didier, est installé dans un passage couvert flanqué de boutiques, toutes fermées. D’habitude, il n’y passe que la nuit et disparaît à l’aube. Désormais, il laisse duvet et couverture sur place.

« C’est chez nous maintenant. On reste là toute la journée », plaisante ce grand gaillard barbu, plus tout jeune. « T’as pu récupérer du savon, excellent ! parce qu’on n’a plus de gel hydroalcoolique », lui lance Marie-Claire, qui participe aux maraudes depuis quatre ans.

Pour Chloé, c’est sa première. Elle a contacté l’association via une plate-forme d’aide et a pris rendez-vous pour l’après-midi même. « On a tendance à se replier dans nos appartements, à se replier sur nous-mêmes », regrette cette voisine de la gare Perrache où se concentrent de nombreux SDF.

« À côté il y a un établissement français du sang, plein de gens font la queue pour en donner mais peu donnent quelque chose à ceux qu’ils croisent dans la rue. »

Maud Bigot, responsable du Samu social sur la ville, craint « une crise sanitaire majeure » pour les plus démunis, « à la santé déjà fragile », et qui vivent dehors ou en squat dans des conditions d’hygiène déplorables.

« Ils veulent avant tout pouvoir se mettre à l’abri, être protégés eux aussi », dit-elle. Deux centres de confinement pourraient ouvrir dans le département et des places d’hébergement sont prévues mais elle sait que les 2.000 annoncées au niveau national seront loin de suffire.

Les autorités assurent de la continuité de l’aide aux plus précaires mais sur le terrain, les acteurs déplorent une absence de moyens. « C’est comme si on luttait contre un incendie avec des brumisateurs », déplore Joackim, membre d’un collectif d’aide lyonnais.

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