Faits religieux au travail: une banalisation mais pas de radicalisation ostensible

 PARIS, 18 novembre 2015 (AFP) – Les « faits religieux » au travail, dénoncés par des syndicalistes de la RATP après les attentats, recouvrent des comportements bien connus des entreprises qui les ont encadrés ces dernières années et ne déplorent que de rares cas de radicalisation ostensible, selon des responsables de sociétés et spécialistes du sujet.

Ce qui n’empêche pas la « banalisation de comportements communautaristes, qui se sont multipliés depuis 2012, ne sont pas l’apanage des musulmans, mais sont rarement sanctionnés par les responsables de proximité », dénonce Christophe Salmon, secrétaire général à la CFDT-RATP.

« On parle de refus de serrer la main d’une femme ou de travailler avec un collègue en raison de ses convictions religieuses; de demandes d’aménagement du temps de travail; d’absences pour des fêtes religieuses; de nourriture; de tenues vestimentaires (voile, turban, kippa) », explique Xavier Guézou, délégué général de l’Institut des hautes études du monde religieux (IHEMR) où il est spécialiste des questions liées au travail.

« C’est aussi la cantine du HUB de l’aéroport de Roissy qui devient hallal sans que personne en soit informé », déplore Fabian Tosolini, de la CFDT-Transport Environnement, qui dit avoir « alerté sa fédération sur une recrudescence de ces faits religieux au sein de la RATP, d’Air France mais aussi dans les réseaux urbains de province et de collectes des déchets, depuis 2007 », sans toutefois citer de chiffres.

Selon M. Guézou, ces comportements « sont bien connus des chefs d’entreprises, notamment dans le BTP et l’industrie automobile, mais ce sont des phénomènes mineurs parce que le cadre général du travail permet aujourd’hui de les encadrer. Ce sont des épiphénomènes qui touchent les salariés musulmans et juifs mais qui peuvent cristalliser les passions », ajoute-t-il.

« Il est arrivé, concède-t-il, que des sociétés doivent se séparer d’un salarié mais ce sont des cas critiques, très rares ».

SNCF: pas d’accès aux « fiches S » mais informée

La dernière étude chiffrée sur le sujet, publiée en avril 2015 par l’institut Randstad et l’Observatoire du Fait religieux en entreprise (OFRE), réalisée auprès d’un millier de sociétés, fait état de « 23% de managers » confrontés régulièrement (quotidiennement, chaque semaine, chaque mois) au +fait religieux+, contre 12% en 2014″.

Directeur de l’information à la SNCF, Christophe Piednoël assure à l’AFP « qu’aucun manquement ou comportement sanctionnable n’a été remonté à sa direction de l’éthique et de la déontologie au cours des dernières années », grâce notamment à une « charte de la laïcité et de la neutralité à l’attention des managers et responsables RH » mise en place en 2015.

Interrogé cependant sur des salariés employés par son entreprise bien que « fichés S » par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), il explique: « ces fiches ne sont jamais communiquées à la SNCF, mais nous sommes en permanence informés par les autorités de tout risque concernant ces salariés et nous prenons les mesures adéquates ».

Il peut ainsi s’agir de « déplacer un salarié d’un poste s’il peut avoir accès à des informations stratégiques concernant la sécurité », ajoute ce responsable qui se dit « demandeur d’un cadre légal précis concernant le traitement de ce type d’informations ».

Plus de 10.000 personnes, à l’instar d’Omar Ismaïl Mostefaï qui s’est fait exploser vendredi soir au Bataclan après avoir tiré sur les spectateurs, font en France l’objet de fiches dites « S » de renseignement qui visent des islamistes radicaux mais aussi des hooligans, des membres de groupes d’utra-gauche, d’extrême-droite, ou « des individus pouvant avoir un lien avec la mouvance terroriste ».

La RATP assure « n’avoir aucun moyen de savoir, comme tout employeur, si ses agents sont concernés » par les fiches « S ».

L’un des kamikazes des attentats a été conducteur de bus à la RATP pendant 15 mois avant de démissionner en octobre 2012.

Interrogée sur le sujet, Elisabeth Borne, PDG de la RATP, a rappelé que son entreprise, « un des premiers employeurs d’Ile-de-France, s’est dotée d’une clause très claire sur l’obligation de laïcité », introduite dès 2005 et signée par tous ses salariés, qui doivent fournir un extrait de casier judiciaire vierge pour postuler.

Elle a assuré que « depuis son arrivée, en mai 2015, aucun fait susceptible d’être sanctionné ne lui a été signalé ».

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