Femmes de ménage: un texte LFI passe un cap à l’Assemblée, modifié… son auteur vote contre

PARIS, 27 mai 2020 (AFP) – Une proposition de loi de François Ruffin (LFI) visant à « cesser la maltraitance » des femmes de ménage a passé le cap mercredi de la commission à l’Assemblée nationale, mais son propre auteur a voté contre, tonnant contre une version devenue un « zéro absolu ».

« Pourquoi la réunion de ce matin peut se tenir à la commission des Affaires sociales, en ce foyer épidémique qu’a été l’Assemblée nationale? Parce que Patricia et ses collègues ont fait leur travail » en frottant « tout à fond », a dit l’élu insoumis en préambule.

La plupart des femmes de ménage sont à temps partiel, et donc payées « sous le Smic » mensuel, avec des horaires décalés et morcelés, a-t-il ajouté, notant que « l’Assemblée nationale n’est pas une exception », mais « la règle ».

« Cette maltraitance n’est pas une fatalité », a estimé l’élu de la Somme. Dans sa version initiale, la proposition prévoyait ainsi de majorer de 50% les heures de travail effectuées entre 18H00 et 9H00, afin d' »inciter économiquement » le nettoyage en journée.

Tout en assurant avoir « la même finalité en visée » que le député, Charlotte Lecocq (LREM) a fait état de divergences sur la méthode.

La majorité a notamment rejeté l’article prévoyant la majoration des salaires au profit d’une autre disposition qui va « plus loin » selon l’élue LREM. Elle prévoit qu’un donneur d’ordre qui refuse d’accorder le travail en journée entre 9H00 et 18H00 « doit motiver son refus ».

« Vous ne rendez absolument pas obligatoire de travailler en journée », « c’est du bidon, c’est pas possible! », a lancé François Ruffin.

Furieux, il a ensuite voté contre son propre texte, lançant: « faut pas se moquer de moi, qu’est-ce que vous venez de faire, vous venez de vider complètement le texte! »

« Vous faites les Ponce Pilate » et « à la fin ça serait supposé être mon texte » alors que c’est « un zéro absolu », a-t-il crié.

Charlotte Lecocq lui a ensuite reproché sur Twitter d’être venu « faire un show et non chercher à vraiment faire avancer les choses pour les agent(e)s d’entretien ».

La proposition de loi telle que modifiée sera examinée dans l’hémicycle le 4 juin, dans le cadre d’une « niche » réservée au groupe de Jean-Luc Mélenchon.

Deux autres textes LFI pour « créer un pôle public du médicament » et « parer à la crise alimentaire et agricole » ont aussi franchi le cap de la commission, mais là aussi en étant vidés d’une grande partie de leur substance.

Dans un communiqué titré « ras le bol de la secte parlementaire macroniste! », Jean-Luc Mélenchon a déploré que « les députés marcheurs et leurs alliés du MoDem, au mépris absolu des autres, suppriment tout le contenu » des propositions LFI pour y mettre le leur « à la place ».

Il y a vu un moyen de faire « d’une pierre deux coups: récupérer notre temps dans l’hémicycle et nous obliger à voter contre le texte que nous avons déposé parce qu’il est défiguré ».

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