« Fiers » de leur grève, des cheminots espèrent des renforts pour vaincre la réforme des retraites

PARIS, 9 janvier 2020 (AFP) – Face à la gare de l’Est, jeudi à Paris, le « M » d’une bouche de métro est allumé mais le rideau de fer baissé. Sur le parvis de la gare, des cheminots « fiers » de leur grève illimitée comptent sur « l’amplification » du mouvement pour « gagner » la bataille des retraites.

Un tiers des cheminots en grève jeudi matin, deux tiers des conducteurs de train, selon la direction de la SNCF: « c’est énorme au 36e jour de grève », salue Patrick Belhadj de la CGT-Cheminots, sous les applaudissements de ses collègues réunis en assemblée générale (AG). Et « aujourd’hui, c’est un nouveau départ », estime-t-il devant quelque 150 personnes.

Avec la sixième semaine de grève enclenchée jeudi et « certains qui risquent de se retrouver avec des fiches de paie à zéro » fin janvier, « on a tenu malgré les provocations du gouvernement » et « notre grève a un impact sur l’économie du pays. Il est grand temps que le gouvernement recule et retire son projet » de retraite par points, poursuit le syndicaliste.

Portant des drapeaux de la CGT-Cheminots, SUD-Rail, FO-Cheminots ou même de SUD-Culture, casquettes de la SNCF sur la tête ou chasubles des syndicats sur le dos, les participants gonfleront plus tard les rangs de la manifestation parisienne, en cette quatrième journée de mobilisation interprofessionnelle depuis le début du mouvement contre la réforme des retraites, le 5 décembre.

« Soyons fiers de ce qu’on a accompli mais il faut élargir » la mobilisation, « l’amplifier », que « les Français descendent massivement dans la rue », espère Patrick Belhadj, en appelant « les salariés du privé qui ne peuvent pas manifester aujourd’hui (jeudi) » à venir samedi, prochaine mobilisation nationale.

De la SNCF à la BNF, de Radio France à l’Opéra de Paris, Sanofi, les ports, les « gilets jaunes », « nos combats s’unissent » et « nous allons gagner », prédit Emmanuelle Bigot de SUD-Rail, en disant « merci » aux grévistes de la RATP. « Sans eux, notre grève n’aurait pas cette ampleur. »

– « On relève la tête » –

« Tous ensemble, tous ensemble, grève générale », lui répondent en chantant les participants à l’AG.

Lançant un « appel à tous les salariés de ce pays », Didier Macé de FO-Cheminots harangue ses collègues d’une voix enrouée: « Il faut arrêter » le projet du gouvernement, « c’est maintenant, tous ensemble ».

Diagnostiquant « une explosion sociale » en France, Simon Duteil de l’Union Solidaires assure que « oui, la grève va continuer », s’étendre, car « aujourd’hui, on relève la tête toutes et tous ensemble ».

Invité à l’AG, le sociologue Jean-Marc Salmon dit « chapeau à la RATP » et insiste sur « l’extrême importance » de la grève dans les raffineries « pour l’extension du mouvement ». « Les raffineries, c’est le CAC 40, c’est Total, le coeur du système », souligne celui qui avait lancé en 2018 une cagnotte en ligne pour soutenir les cheminots en grève contre la réforme ferroviaire. Trente-six jours déjà, par épisodes étalés sur trois mois, mais qui n’ont pas bloqué pas le vote de cette loi.

Un jeune cheminot propose d' »aller à la rencontre des salariés du secteur privé, de parler aux enseignants ». Car la mobilisation doit « embrayer dans l’ensemble des secteurs », souhaite-t-il lui aussi.

Les grévistes décident la poursuite du mouvement jusqu’à vendredi « 11H00 ». « Et la force des travailleurs, c’est la grève, on va gagner », crient-ils à l’issue du vote.

Signant leur passage par des fumigènes qui plongent dans le brouillard le hall de la gare de l’Est, les cheminots de la gare du Nord arrivent en voisins pour rejoindre en cortège la manifestation. Parmi eux, Nazima Benbabaali, entrée en 2000 à la SNCF, a fait « 26 jours de grève pour le moment ».

« Globalement, les autres professions, les profs, les avocats, les magistrats, les raffineries sont là. On compte sur eux. Ça nous donne envie de continuer à donner un effort, un élan » au mouvement, témoigne-t-elle, « même si le gouvernement joue le pourrissement ».

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