Filière nucléaire: les syndicats quittent une réunion avec Macron

PARIS, 18 juillet 2016 (AFP) – Les fédérations de l’énergie et de la métallurgie CGT, FO, CFE-CGC et Unsa Industrie ont quitté lundi une réunion avec le ministre de l’Economie Emmanuel Macron, qui devait porter sur l’avenir de la filière nucléaire, dénonçant une « réunion de façade » et craignant un « passage en force » sur le projet Hinkley Point.

« Nous nous étonnons du format de cette réunion » qui devait porter sur la refonte de la filière nucléaire, écrivent les organisations syndicales dans une déclaration commune lue avant de quitter la rencontre.

« Or nous constatons que seule EDF est représentée. Ni Areva, ni le CEA, ni le ministère de l’Ecologie responsable de la PPE (Programmation pluriannuelle de l’énergie, la feuille de route de la transition énergétique en France, NDLR) ne sont présents aujourd’hui, ce qui ne nous permet pas de travailler utilement sur le dossier », poursuivent-elles.

« Nous ne pouvons pas croire qu’il ne s’agit que d’une réunion de façade pour avaliser des décisions déjà prises que nous ne partageons pas. Entre autres, nous réfutons par avance tout passage en force notamment sur Hinkley Point », ajoutent-elles.

Les membres des délégations CGT, FO, CFE-CGC et Unsa Industrie ont tous quitté la réunion après la lecture de la déclaration, ont précisé à l’AFP Marie-Claire Cailletaud, porte-parole de la FNME-CGT, et un représentant de FO Energie. La délégation CFDT est restée, selon les mêmes sources.

A Bercy, où on dit « regretter » cette position, on assure que « l’idée était bien de pouvoir avoir un dialogue sur l’ensemble des problématiques touchant à la refonte de la filière nucléaire », dont « EDF est le chef de file (…) opérationnel et industriel »: le projet controversé du groupe de construire une centrale à Hinkley Point (Angleterre) pour 18 milliards de livres (21,6 milliards d’euros), la cession de l’activité réacteurs d’Areva à EDF, l’indemnisation d’EDF pour la fermeture de Fessenheim, l’allongement de la durée de vie de réacteurs, etc.

« Le dialogue aura vocation à se poursuivre », par le biais notamment de « réunions bilatérales avec les organisations syndicales qui le souhaitent », notamment la CFDT, y a-t-on assuré. Un Comité stratégique de filière pourrait également se tenir en septembre.

Le 14 avril, lors d’une réunion avec les syndicats d’EDF et les fédérations sur Hinkley Point, Emmanuel Macron « avait promis une réunion de travail sur la filière nucléaire », a rappelé Mme Cailletaud.

Mais la présence annoncée lundi matin aux syndicats du seul PDG d’EDF, Jean-Bernard Lévy, à cette réunion, montre qu’il y a « une volonté de passage en force sur ce dossier (d’Hinkley Point) », a-t-elle ajouté.

Le représentant de FO Energie a aussi dénoncé « un manque de transparence sur l’objectif poursuivi réel » de cette réunion, voire « une forme de manipulation ».

Bercy a de son côté indiqué que le dossier Hinkley Point relevait de la gouvernance d’EDF et n’avoir aucune volonté de se substituer au dialogue social au sein du groupe, qui a clos le 4 juillet la procédure de consultation de son comité central d’entreprise (CCE).

Une décision finale d’investissement doit désormais être prise par le conseil d’administration de l’électricien public, dès lors que le gouvernement britannique confirme son soutien au projet malgré la décision du Royaume-Uni de sortir de l’Union européenne.

Quant à Guillaume Trichard, secrétaire général de la fédération Unsa industrie, il s’est interrogé sur le « cloisonnement » du dossier nucléaire, l’intersyndicale d’Areva devant être reçue mardi à Bercy alors qu’il y a « urgence » pour la filière « dans son ensemble et ses salariés ».

Dans leur déclaration, les fédérations syndicales soulignent qu’elles sont « disposées à participer à une véritable réunion de travail » sur l’avenir de la filière nucléaire.

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