Fillon veut dissiper les inquiétudes avec un nouveau plan santé

PARIS, 21 février 2017 (AFP) – François Fillon, dont la campagne présidentielle est perturbée par les affaires, dévoile mardi de nouvelles propositions en matière de santé, avec la volonté de rassurer un électorat que son projet initial, qualifié de « radical » par le candidat lui-même, avait heurté.

L’ex-premier ministre expose mardi un plan santé « rebâti, enrichi, amélioré », lors d’un « grand oral » organisé par La Mutualité française au palais Brongniart à Paris, auquel sont également conviés tous les candidats à la présidentielle.

« Les Français sont pessimistes pour l’avenir d’un système de santé auquel ils sont profondément attachés. Je veux apporter une réponse forte à ces inquiétudes », assure dans une synthèse de ses propositions M. Fillon, dont l’objectif affiché reste le même: « ramener l’assurance maladie à l’équilibre d’ici à 2022 en faisant 20 milliards d’économies en cinq ans ».

Le candidat de la droite assure cependant que « le niveau de prise en charge des dépenses » par l’assurance maladie « ne diminuera pas » et « pose l’objectif d’ici à 2022 d’un reste à charge 0 pour les dépenses les plus coûteuses grâce à un nouveau partenariat entre la Sécurité sociale et les organismes complémentaires ».

Parmi les mesures qu’il propose figurent la mise en place d’une Agence de garantie de la couverture solidaire des dépenses de santé, un grand plan santé à l’école, la prise en charge « à 100% » des lunettes pour enfants « dès 2017 », « une consultation de prévention longue et gratuite tous les deux ans, pour tous les Français », ou encore une augmentation des « aides à l’acquisition d’une complémentaire santé » pour les retraités « les plus modestes ».

M. Fillon promet aussi la suppression de l’Aide médicale d’Etat (AME) « pour mettre fin à la pression de l’immigration irrégulière » sur ce système. Face au problème des « déserts médicaux », il propose également d' »inciter les médecins à s’installer dans les zones déficitaires » et de « régionaliser le numerus clausus des étudiants en médecine.

– La mise en garde de Juppé –

M. Fillon réaffirme sa volonté de supprimer la généralisation du tiers-payant mis en place par le gouvernement socialiste, qu’il rend également responsable du « profond malaise » des professionnels de santé. « Depuis cinq ans, il a mené une étatisation rampante de la médecine libérale et stigmatisé l’hospitalisation privée », accuse-t-il.

« Le flou jeté sur la peinture ne masque en rien le tableau d’ensemble. L’objectif reste le même: dérembourser », a tweeté mardi matin la ministre de la Santé Marisol Touraine. Elle accuse également le candidat de la droite de vouloir réaliser 20 milliards d’économies par « un transfert de la sécu au privé ».

Les critiques contre le plan santé de l’ex-Premier ministre avait commencé à fuser dès l’entre deux-tours de la primaire, initiées par son rival d’alors, Alain Juppé. En cause: le projet de M. Fillon de « focaliser l’assurance publique universelle sur des affections graves ou de longue durée, et l’assurance privée sur le reste ».

Devant le tollé à gauche – mais aussi à droite (Bernard Accoyer notamment avait parlé de « clarifications nécessaires ») – M. Fillon l’avait retirée de son site internet le 13 décembre. « On n’a pas été bons, on n’a pas été clairs dans nos propositions », admettait-il le 11 janvier.

Ces propositions de rattrapage interviennent dans un climat délicat pour le candidat, empêtré depuis plus de trois semaines dans les emplois présumés fictifs de son épouse, une affaire révélée par Le Canard enchaîné.

« Il n’y a pas d’emplois fictifs » et « si les Français me font confiance, je mettrai en oeuvre mon programme », promet M. Fillon, qui a consacré la semaine dernière à décliner ses propositions en matière de sécurité, prônant notamment d’abaisser la majorité pénale à 16 ans.

De son côté, Alain Juppé a averti le candidat qu’il devait « prendre d’avantage en compte les attentes de tous les électeurs de la droite et du centre », y compris ceux ayant voté pour lui lors de la primaire. Ses soutiens se réunissent mardi.

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