France: des centaines de milliers d’emplois industriels menacés d’ici 2022 (étude)

PARIS, 25 juin 2020 (AFP) – La crise sanitaire pourrait menacer jusqu’à 463.000 emplois dans l’industrie en France à l’horizon 2022 si aucun soutien n’est mis en place, selon une étude réalisée pour l’UIMM par le cabinet de conseil PwC, qui évoque « un risque historique pour la souveraineté industrielle française ».

« Le mois de mars à lui seul a eu un impact sur la production industrielle a minima équivalent au choc pétrolier de 1974 et à la crise financière de 2008 », souligne PwC dans un communiqué.

L’ensemble des activités industrielles manufacturières ont été touchées durant le confinement, notamment les matériels de transport (-69%) et les équipements électriques, électroniques et informatiques (-61%), selon l’étude.

L’industrie française a été l’une des plus affectées en Europe et « la crise est annoncée dans la durée », ajoute PwC, estimant que, « contrairement à d’autres secteurs dont l’activité peut reprendre assez rapidement, les métiers de l’industrie manufacturière seront impactés sur plusieurs semestres ».

Le cabinet de conseil a étudié trois scénarios (pessimiste, central, modéré) pour évaluer l’impact de la crise du Covid-19 sur l’industrie manufacturière française d’ici 2022 « si aucune mesure de soutien n’était mise en place ».

Selon les scénarios, la crise menacerait entre 187.000 et 463.000 emplois directs dans l’industrie manufacturière, incluant 81.000 emplois « non créés ».

Pour le seul secteur de la métallurgie, la perte possible d’emplois varierait entre 123.000 et 304.000.

« Au total, ces emplois menacés représenteraient 15% des emplois industriels en France » dans le scénario central, selon PwC.

Et la crise « conduira à une nouvelle mise à mal de la souveraineté industrielle du pays », ajoute PwC.

Pour Olivier Lluansi, associé chez PwC en charge du secteur industriel, il y a un risque que le contrôle des entreprises industrielles se délocalise « via des prises de participations de fonds d’investissement notamment ».

« Il est primordial de sécuriser les chaînes d’approvisionnement en en relocalisant une partie », ajoute-t-il, cité dans le communiqué.

Deux grandes raisons conduisent à cette nécessité de relocalisation, a-t-il expliqué à l’AFP.

D’une part, « on rentre dans un monde incertain ». « La guerre commerciale sino-américaine va connaître des hauts et des bas, les échanges ne seront certainement pas aussi fluides et l’âge d’or de la mondialisation est peut-être derrière nous ».

Et donc, « pour sécuriser des chaînes d’approvisionnement, vous avez intérêt à avoir au moins un bout de votre approvisionnement dans une zone de sécurité, de contrôle, de maîtrise, et plutôt à proximité, au moins dans l’Union européenne », estime-t-il.

L’autre raison tient au contexte de crise qui doit inciter à « jouer collectif »: « On va passer par un trou d’air et dans ce cadre là (…) on a intérêt à prendre des commandes au sein de l’éco-système français ». « Il y a des capacités qui vont être disponibles à cause de la crise, essayons de jouer solidaire (…) pour passer la crise », ajoute Olivier Lluansi.

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