François Hommeril, président de CFE-CGC et détracteur de plus à la loi travail

PARIS, 30 mai 2016 (AFP) – François Hommeril, le futur homme fort de la CFE-CGC à partir de mercredi, a fait toute sa carrière dans le privé. Géologue de formation, ce syndicaliste passionné réputé charismatique n’a pas la dent assez dure contre la loi travail « qui sent le moisi ».

« Pour développer l’activité syndicale, on ne peut pas se permettre d’être un amateur. On doit avoir un souci de professionnalisme, sinon on est à côté de la plaque et on n’est pas très utile ».

Ce Normand originaire de Rouen, 55 ans en juillet, n’est pas arrivé par hasard, au début des années 1990, dans le « monde fabuleux » du syndicalisme. Il lui voue une vraie passion et va jusqu’à évoquer son « exaltation » à représenter ses collègues dans le cadre de son activité syndicale.

« C’est un leader, quelqu’un de charismatique, dynamique qui a les idées claires », témoigne Isabelle Freret (CFE-CGC).

Candidat malheureux à la présidence de la centrale en 2013 au profit de Carole Couvert, il réfute toute volonté de « revanche » et « regrette » que son ex-concurrente ne puisse briguer un nouveau mandat, assurant qu’il l’aurait soutenue si elle avait été candidate.

« Je crois que le temps des affrontements stériles est révolu » au sein de la CFE-CGC, quatrième syndicat français. Carole Couvert aussi promet qu’il n’y aura « aucune prise de bec avec François ».

Son programme? Poursuivre le travail de « développement de l’organisation entamé par Carole ». Il veut aussi accorder au sein de l’organisation plus de place aux femmes et aux jeunes.

Autre objectif: « reprendre la parole syndicale confisquée par les décideurs politiques ».

Se revendiquant « très indépendant sur le plan politique », il affiche un discours ouvertement anti-libéral et se montre très véhément quand il parle des « dirigeants politiques qui ne respectent pas le partenariat avec les partenaires sociaux ».

– ‘Le militantisme ne m’a apporté que des emmerdes’ –

Arrivé à la tête de la CFE-CGC en pleine bataille contre la loi travail, il rejette un texte qui « sent le moisi et date d’il y a 20 ans ». Avec ce texte, « on a l’impression qu’ils ont fait les fonds de tiroir et ressorti de vieux machins dont on a la preuve que ça n’a aucun impact sur l’emploi », poursuit-il.

Mais il a encore du mal appréhender le rôle qu’il compte faire jouer à l’organisation dans le conflit actuel: « de toutes les façons, avec le 49.3, cette loi est très mal partie ». La CFE-CGC n’a jusqu’à présent jamais appelé à retirer le texte, mais réclamé des amendements substantiels, notamment le retrait des accords offensifs ou des référendums en entreprise.

Passionné de géologie dès son plus jeune âge, inspiré par ses parents qui l’enseignent à l’université à Rouen, il décroche un doctorat dans cette matière en 1989, avant d’intégrer le groupe Pechiney. Il exerce en province, d’abord au centre de recherches sur l’aluminium de Gardanne (Bouches-du-Rhône), puis sur le site de La Bathie, en Savoie.

Adhérent à la CFE-CGC dès son arrivée au sein du géant industriel, il y gravit rapidement les échelons des responsabilités syndicales: délégué du site de Gardanne en 1994, délégué central en 1998, représentant au comité de groupe Pechiney en 1999, puis président de l’Union départementale CFE-CGC en 2003…

Lors du rachat de Pechiney par le Canadien Alcan en 2003, puis d’Alcan par l’Américain Rio Tinto en 2007, il est chargé des négociations côté salariés.

« Le militantisme ne m’a apporté que des emmerdes » mais « si c’était à refaire, je le referais » car la « société industrielle est devenue d’une cruauté et d’une injustice inégalées, la subir sans rien dire m’est insupportable et le syndicalisme m’a rendu à la condition d’acteur dans un monde à la dérive sur le plan social ».

Marié à une psychiatre, ce père de cinq grands enfants doit être officiellement élu pour trois ans mercredi lors du Congrès à Lyon de l’organisation syndicale des cadres.

Domicilié à Chambéry, il compte y rester après son élection.

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