« Gilets jaunes »: après les mesures sociales, quelles suites au mouvement?

PARIS, 18 décembre 2018 (AFP) – Volcan susceptible de se réveiller à tout moment? Mue vers une nouvelle organisation politique? Alliance avec des partis existants? De nombreuses interrogations entourent l’avenir du mouvement des « gilets jaunes » qui perturbe le paysage politique français.

La mobilisation des « gilets jaunes », entrés en rébellion depuis un mois contre la politique fiscale et sociale du gouvernement, donne des signes d’accalmie après les concessions obtenues du pouvoir.

Mais rien ne dit qu’elle soit terminée, souligne Rémi Lefebvre, professeur de sciences politiques à l’université de Lille 2. « Ce mouvement pourrait se réactiver très vite, car les structures de coordination existent, notamment sur les réseaux sociaux, cela va très vite », analyse l’universitaire.

Selon lui, le président Emmanuel « Macron, pour la première fois, a cédé. +Les gilets jaunes+ ont cette victoire symbolique, donc ils peuvent réactiver le mouvement en disant: +les mêmes causes peuvent produire les mêmes effet+ ».

Cet « esprit de rébellion et de révolte aura des conséquences durables », abonde Frédéric Sawicki, spécialiste des organisations politiques et du militantisme à Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Et risque d’entraver l’action d’Emmanuel Macron, alors que plusieurs chantiers potentiellement explosifs sont à l’agenda, comme la réforme des retraites ou celle de l’assurance chômage.

A partir d’aujourd’hui, ajoute M. Sawicki, « les Français vont sortir systématiquement dans la rue quand ils ne seront pas d’accord avec les mesures du gouvernement ».

De là à déboucher sur la formation d’une force politique « jaune » puissante, il y a un pas que les deux analystes refusent de franchir.

Le sociologue Pierre Rosanvallon ne voit pas non plus un mouvement suffisamment structuré pour aller aux élections, à commencer par les européennes de mai 2019.

Mais ce n’est pas l’avis de plusieurs figures des « gilets jaunes ».

– « Sans structure, on ne sera jamais entendus » –

« Sans structure, on ne sera jamais entendu. Il y a deux solutions, soit le mouvement s’éteint, soit il se transforme en mouvement politique, et pour cela il va falloir se structurer d’abord au niveau régional », estime Christophe Chalençon, un « gilet jaune » de Vaucluse, persuadé que « les partis politiques actuels sont morts ».

Pour Jacline Mouraud, une des égéries des « gilets jaunes », le mouvement « va évoluer dans les deux sens: à la fois dans la sphère politique, mais il va aussi continuer à faire pression sur le gouvernement en se mobilisant ».

Ailleurs en Europe, des mobilisations citoyennes ont donné naissance au Mouvement 5 étoiles en Italie ou à Podemos en Espagne.

Lundi le chanteur Francis Lalanne a annoncé le lancement d’un « rassemblement Gilet jaune citoyen », en vue des européennes.

Selon un sondage Ipsos publié le 9 décembre, une liste « gilets jaunes » pourrait recueillir 12% des voix aux Européennes, contre 21% au parti centriste du président Emmanuel Macron, La République en Marche (LREM).

Cette éventuelle liste prendrait trois points à celles du Rassemblement national et de la France Insoumise. Elle n’est donc pas forcément vue d’un mauvais oeil par le parti présidentiel. « Qu’ils s’organisent et qu’ils aillent aux élections », a lancé le président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand (LREM).

Plusieurs partis ont préféré appeler ouvertement à une alliance avec les « gilets jaunes ». La tête de liste du Parti communiste Ian Brossat veut ainsi leur faire « de la place » sur sa liste pour les Européennes.

L’eurodéputé du Rassemblement national Nicolas Bay verrait également « d’un bon oeil » si « des gilets jaunes souhaitaient s’impliquer en politique à nos côtés ».

« Bien sûr qu’il y a une course de vitesse avec l’extrême droite pour être l’instrument politique de cette colère populaire », a avoué lundi le député insoumis Alexis Corbière.

La mobilisation des « gilets jaunes » pourrait aussi prendre d’autres formes: plusieurs manifestants de la région d’Arles (Bouches-du-Rhône) ont par exemple décidé de se lancer dans une « marche pour le RIC » (référendum d’initiative citoyenne) longue de 850 kilomètres qui les mènera jusqu’à l’Assemblée nationale le 19 janvier.

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