« Gilets jaunes » et CGT: un exercice d’équilibriste délicat pour Martinez

PARIS, 18 décembre 2018 (AFP) – Après avoir marqué dans un premier temps ses distances avec les « gilets jaunes », Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT, a multiplié des gestes prudents de rapprochement avec cette mobilisation inédite, appelant désormais à une convergence.

Ce mardi, après avoir organisé deux journées de manifestations pour le pouvoir d’achat depuis l’avènement des « gilets jaunes », la CGT appelle à la poursuite de la mobilisation dans les entreprises du privé et les administrations, à travers des grèves.

« La grève est le meilleur moyen d’influer sur la politique du gouvernement et du patronat », a expliqué vendredi sur BFMTV le numéro un de la CGT.

« Il faut généraliser les grèves dans les entreprises, partout. Avec les +gilets jaunes+ », a-t-il encore lancé, quelques heures avant une manifestation organisée par sa confédération avec Solidaires, la FSU, quelques unions départementales de Force ouvrière… mais sans les « gilets jaunes ».

Ce discours sur la convergence tranche avec les réticences initiales de mi-novembre.

Quelques jours avant la première journée de mobilisation des « gilets jaunes » du 17 novembre, la CGT refusait encore toute porosité, craignant une « instrumentalisation » et une récupération de ce mouvement par l’extrême droite. La mobilisation des « gilets jaunes » « s’appuie sur une colère légitime mais dont les ressorts sont obscurs », écrivait-elle alors.

Mais quelques samedis de mobilisation plus tard et après les concessions accordées par le gouvernement, évaluées à environ 10 milliards d’euros, le ton a changé, d’autant qu’une partie de la base CGT pousse depuis le départ la confédération à une convergence.

« La centrale aurait quand même pu se bouger un peu plus tôt », regrettait samedi à Paris Fabrice Flipo, professeur dans le supérieur, membre de la CGT, juste avant d’aller manifester avec des « gilets jaunes » place de la République et quelques jours après une pétition d’une soixantaine de responsables cégétistes appelant la confédération à ne « pas détourner le regard » de la colère sociale des « gilets jaunes ».

– « On n’est pas maso » –

Pour Michel Dreyfus, historien du syndicalisme, le changement de position de Philippe Martinez peut aussi être lié à la perte de leadership de sa confédération la semaine dernière au profit de la CFDT, après les élections chez les fonctionnaires.

Six mois avant le congrès CGT de Dijon qui doit le confirmer à son poste, Philippe Martinez, à la tête du syndicat depuis début 2015, n’est pas dans une situation « aisée ». « Il doit répondre à une partie des militants qui réclament une politique plus radicale, plus combative, après les résultats dans la fonction publique », estime l’historien.

Or au-delà des craintes de récupération du mouvement par l’extrême droite et le discours « inacceptable » de la part d’une « minorité » de « gilets jaunes » sur « les immigrés », selon M. Martinez, leurs revendications sur les taxes et impôts gênent aussi la CGT qui, comme tous les syndicats, a toujours tourné le dos aux discours antifiscaux.

« Ce mouvement a évolué dans le bon sens », assure Philippe Martinez. « Quand je vois sur les barrages +hausse du Smic+, +rétablissement de l’impôt sur la fortune+, +plus de justice fiscale+, c’est les tracts de la CGT, ça ». Pour lui, « la très grande majorité » des « gilets jaunes » partagent les points de vue de la CGT, même s’ils sont « parfois défiants vis-à-vis des syndicats ».

Mais la petite musique antifiscale se fait toujours entendre chez les « gilets jaunes ». Samedi à Paris, lors de la cinquième journée de mobilisation, Priscillia Ludosky, une des figures à l’origine du mouvement, a une fois de plus dénoncé « une pression fiscale colossale », sous les applaudissements nourris d’un millier de personnes.

La convergence paraît d’autant plus compliquée que les syndicats sont décriés par les « gilets jaunes », car très peu présents dans les toutes petites entreprises, auprès des jeunes, des retraités et dans les petites communes.

« J’ai entendu le leader d’un rond-point, si je puis dire, dire +moi les rouges je leur tire dessus+. On n’est pas maso non plus », a relevé Philippe Martinez.

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