Gilets jaunes »: la position inconfortable des syndicats

PARIS, 13 novembre 2018 (AFP) – Les centrales syndicales refusent de participer à la mobilisation des « gilets jaunes » samedi, gênées par un discours antifiscal et surtout pour éviter toute récupération par l’extrême droite, mais des militants vont tout de même se mobiliser samedi pour leur pouvoir d’achat.

Le mouvement des « gilets jaunes » a reçu le soutien de plusieurs dirigeants de partis d’opposition, de Marine Le Pen (RN) à Jean-Luc Mélenchon (LFI) en passant par Laurent Wauquiez (LR) et le patron de Debout la France Nicolas Dupont-Aignan.

Si l’on en croit plusieurs relais du mouvement sur les réseaux sociaux, les syndicats ne sont pas particulièrement les bienvenus samedi. Leurs dirigeants, au demeurant, ne souhaitent pas y participer.

Certes, Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, « comprend l’exaspération d’un certain nombre de salariés qui pour se rendre au travail ont un coût supplémentaire ». Mais il « ne soutient pas ces blocages dont tout le monde a compris qu’ils sont récupérés politiquement par l’extrême droite ». Il y a une « exaspération populaire sur les carburants, mais il y a aussi une manipulation de l’extrême droite pour récupérer ce mouvement », insiste le leader de la CFDT, de toutes les façons peu encline à manifester.

Côté CGT aussi, on dénonce une « instrumentalisation » de « l’exaspération » au sujet de la hausse des taxes sur le carburant.

« L’appel lancé un samedi, sans réelle ambition de bloquer l’économie, s’appuie sur une colère légitime mais dont les ressorts sont obscurs », détaille le premier syndicat français, critiquant le fait que des partis d’extrême droite soient « à la manoeuvre ».

Réagissant à ces commentaires de la CGT et de la CFDT, Marine Le Pen a fustigé mardi des syndicats selon elle « totalement décrédibilisés dans cette affaire ». « Le rôle des syndicats, c’est de canaliser la colère et surtout la stopper », a-t-elle ajouté sur France Inter.

Pour Jean-François Amadieu, spécialiste des relations sociales, cette « crainte de récupération par l’extrême droite apparaît bien comme la seule explication de la frilosité » des syndicats à participer à la journée de samedi, car « sur le fond du dossier » porté par les « gilets jaunes », sur le pouvoir d’achat, « les syndicats sont d’accord ».

– ‘Mouvement anti-fiscalité’ –

Le discours des « gilets jaunes » sur la fiscalité gêne aussi certains syndicats. « C’est un instrument de redistribution et il faut prendre garde à ce que ce ne soit pas un mouvement anti-fiscalité », a souligné Eric Beynel, porte-parole de Solidaires.

La CGT craint aussi que l’action du 17 novembre n’encourage « à mettre taxes, impôts et peut-être demain cotisations sociales dans une même logique, alors que chaque dispositif joue un rôle différent et déterminant dans le cadre de notre modèle social et républicain ».

Déjà en 2013, les syndicats s’étaient désolidarisés des « bonnets rouges », autre mouvement anti-impôt. La CGT et la CFDT avaient réussi un rare front uni et organisé en Bretagne des manifestations uniquement syndicales pour s’en démarquer.

Hermétiques aux arguments des confédérations, quelques rares militants vont tout de même manifester.

Dans le Cher, l’union départementale de la CGT a décidé de prendre le contrepied de la confédération de Montreuil en appelant à faire du 17 novembre un jour de « colère et de revendications ».

« Ce gouvernement est en train de créer de la précarité à tous les étages et nous on estime que la CGT a toute sa place pour se mobiliser samedi », a expliqué lundi Sébastien Martineau, secrétaire départemental, sur France Bleu. Jugeant « légitime » la présence de son organisation, il prend cependant soin de préciser qu’il « n’est pas là pour récupérer cette journée, comme le fait le Rassemblement national ».

Le syndicat Unité-SGP-Police-FO a également annoncé sa participation pour défendre le pouvoir d’achat des policiers, via une « grève des PV ». Car « derrière chaque policier, il y a un homme et une femme, il y a un citoyen et une citoyenne », a relevé son secrétaire général, Yves Lefebvre.

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