GM&S, première épine industrielle dans le pied du gouvernement

PARIS, 19 juillet 2017 (AFP) – Nicolas Sarkozy a eu Gandrange, François Hollande l’usine de Florange et ses péripéties… Élu sur une promesse de renouveau économique, Emmanuel Macron doit a son tour faire face à un casse-tête industriel: l’avenir de GM&S, terrain miné pour le gouvernement.

Un site vieux de 55 ans menacé de fermeture, 277 emplois sur la sellette et un combat mené tambour battant par les élus et syndicats: le dossier GM&S Industry, deuxième employeur privé de la Creuse, a pris ces dernières semaines des allures de symbole, dans un département en proie à des difficultés économiques et sociales.

« C’est le premier dossier chaud du gouvernement », souligne Bernard Vivier, directeur de l’Institut du travail, qui évoque une forme de « baptême du feu industriel » pour le nouvel exécutif. « La façon dont il gère le problème est scruté de près. C’est son image qui est en jeu », explique-t-il.

Placé en redressement judiciaire depuis le 2 décembre, et en liquidation judiciaire avec prolongation de l’activité depuis le 30 juin, l’équipementier creusois, spécialisé dans l’emboutissage et l’assemblage de pièces pour l’industrie automobile, a vu se succéder les manifestations, les blocages de site et les coups d’éclat.

En jeu: la sauvegarde d’un maximum d’emplois, mais aussi le maintien d’une activité économique digne de ce nom dans la région, alors que la désindustrialisation et le sentiment d’abandon d’une partie de la population ont attisé le vote des extrêmes lors des dernières élections.

« L’affaire GM&S s’inscrit dans un contexte particulier », rappelle Bernard Vivier, qui dresse un parallèle entre ce dossier industriel et la fermeture, voilà cinq ans, du site de Florange ou de l’usine PSA d’Aulnay-sous-Bois. « Le nombre d’emplois concernés était plus important, mais la valeur symbolique est la même », ajoute-t-il.

« L’impact politique du dossier GM&S s’explique en grande partie par sa dimension territoriale », abonde Denis Ferrand, directeur de l’institut Coe-Rexecode. « La campagne présidentielle a mis en avant le thème de la fracture des territoires. Il y a une hypersensibilité sur ces sujets-là. »

– ‘Ligne de crête’ –

Embrasement social, défiance vis-à-vis de l’État… Soucieux d’éteindre l’incendie, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire et son secrétaire d’État Benjamin Griveaux ont multiplié depuis le mois de mai les réunions, visites de terrain et entretiens avec les constructeurs, quitte à s’engager dans des bras de fer périlleux.

« Pas un seul salarié ne sera laissé de côté », a assuré mercredi le ministre, venu à la rencontre des salariés sur le site de la Souterraine (Creuse), quelques heures après une audience devant le tribunal de commerce de Poitiers. « Le site ne doit pas fermer, il doit avoir des commandes et reprendre pied », a-t-il insisté.

Lundi soir, le locataire de Bercy avait fait monter la pression sur l’un des acteurs du dossier, PSA, accusé de ne pas être prêt à investir suffisamment pour moderniser le site alors que l’unique candidat à la reprise, l’emboutisseur GMD, réclame un investissement de 15 millions d’euros.

Un volontarisme qui tranche avec la prudence affichée par l’exécutif voilà quelques semaines. « Je ne suis pas le Père Noël », avait déclaré le président Emmanuel Macron à des salariés venus à sa rencontre le 9 juin. « L’État n’est pas là pour faire des miracles », avait lui-même prévenu Bruno Le Maire.

Laisser les acteurs économiques prendre leurs responsabilités tout en faisant en sorte que le dossier avance et que l’État ne donne pas une image d’impuissance: « Il y a une ligne de crête qui n’est pas évidente à tenir », et qui rend « délicate » l’action politique, souligne Denis Ferrand.

« Le ministre a fixé comme objectif que GM&S continue son activité sur le site. Nous sommes dans un bassin d’emploi compliqué. Ce caractère exceptionnel justifie notre intervention », assure-t-on dans l’entourage de Le Maire, pour qui l’État doit jouer le rôle d’un « médiateur ».

« Le gouvernement est très actif, mais il s’agit surtout pour lui de calmer le jeu politique et médiatique », juge pour sa part Bernard Vivier.

Activisme utile ou coup d’épée dans l’eau? Le tribunal de commerce de Poitiers, qui examinait mercredi l’offre de reprise déposée par GMD, rendra sa décision lundi.

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