Grand âge: la Suède, un modèle efficace mais coûteux

STOCKHOLM, 28 mars 2019 (AFP) – Natalité en berne, qualité de vie en hausse: confrontée plus tôt et plus violemment que les autres pays industrialisés à l’équation du vieillissement, la Suède a développé dès l’après-guerre une ingénierie de la dépendance perçue comme un modèle du genre.

Sur le papier, les besoins sont moindres: les personnes âgées sont en meilleure santé en Suède. Le pays consacre pourtant environ deux fois plus de moyens que la France à la prise en charge des personnes âgées dépendantes (2,7% du PIB contre 1,4% en France).

Selon le rapport remis jeudi au gouvernement français, la part de l’espérance de vie à 65 ans en bonne santé atteint 77,2% en Suède pour les femmes (79,1% pour les hommes), contre 44,7% en France (48,5% pour les hommes).

La priorité, dans le pays scandinave de 10 millions d’habitants, est le maintien à domicile, moins coûteux qu’une place en établissement spécialisé.

Mais en moyenne les seniors suédois ont un revenu disponible plus faible que les seniors français et les prestations sociales jouent un rôle crucial, de même que leur qualité, l’équité territoriale dans l’accès aux soins et aux services.

En France, la prise en charge de la dépendance est un « grand bazar », entre l’Assurance maladie, les conseils départementaux, les agences régionales de santé, les conseils d’administration des Ephad, relève Alain Lefebvre, auteur de « Macron le Suédois », un essai critique sur les références récurrentes du président au modèle social suédois.

En Suède, c’est la municipalité qui centralise cette politique, la finance avec les impôts et les dotations de l’Etat, et dimensionne l’aide en fonction des besoins individuels. « La responsabilité incombe à une structure unique, la commune, et les décideurs sont élus donc il y a un contrôle citoyen », souligne Alain Lefebvre.

– La prévention, pilier du système –

En amont, la prévention est considérée comme une condition essentielle à la pérennité du modèle: exercice physique tout au long de la vie, puis dans le grand âge, formation des personnels de soin et d’accompagnement à la prévention des chutes et des affections de la vieillesse, aménagement de l’espace de vie, échange d’informations entre les services publics concernés, etc.

Pour rompre l’isolement et faciliter l’accès des seniors à mobilité réduite vivant chez eux, un service de transport privé (taxi, ambulance), subventionné par les communes, leur permet d’effectuer des démarches administratives, de se rendre chez le médecin, à l’hôpital.

« Dans certaines communes, on organise le transport des personnes jusqu’à la salle de gym. On peut aussi bénéficier d’assistants personnels qui vous emmènent à la piscine par exemple », rappelle Alain Lefebvre.

La municipalité peut également organiser des systèmes de vidéosurveillance et mettre en place des patrouilles de nuit pour retourner les personnes dans leur lit et éviter les escarres, donc les hospitalisations.

Quant aux pensionnaires d’établissements adaptés, tout est mis en oeuvre pour assurer un continuum avec leur vie à domicile, par exemple leur suivi par la même infirmière.

Selon une enquête d’octobre 2018 réalisée par la Fédération des communes de Suède, 90% des personnes bénéficiant d’un maintien à domicile se disent satisfaites des services offerts et près de 90% en établissements adaptés s’y considèrent « en situation de confort ».

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