Grève à Vélib : les salariés licenciés vont saisir les prud’hommes

ALFORTVILLE, 11 juin 2018 (AFP) – La trentaine de salariés grévistes de Vélib qui ont reçu dimanche leur lettre de licenciement vont saisir le conseil des prud’hommes de Nanterre contre l’opérateur Smovengo, a annoncé lundi un de leurs avocats.

« Nous sommes face à un trouble illicite, des salariés grévistes sont licenciés en raison de leur participation à la grève », a expliqué Me Thierry Renard lors d’une conférence de presse. L’avocat prévoit de déposer dans la semaine « une requête de saisine du Conseil des prud’hommes de Nanterre en référé ».

Une trentaine de salariés grévistes de Vélib, avaient convié la presse devant le dépôt d’Alfortville, dans le Val-de-Marne. Après la réception de plusieurs lettres de licenciement, ils se préparent au recours devant les prud’hommes.

Me Renard a tenu à rappeler qu' »on ne peut licencier un salarié en grève, licite ou illicite, que pour faute lourde », notion qui « induit l’idée d’intention de nuire », contrairement à la faute grave.

Or, »toutes les lettres de licenciement visent la faute grave », a souligné celui qui espère une réintégration des salariés sous quinze jours, « le débat juridique devrait donc être rapide ».

« Là clairement, Smovengo nous donne le bâton pour se faire battre » a expliqué à l’AFP David, salarié gréviste « éjecté » de chez l’opérateur. « Je crois en la justice française », a-t-il déclaré, « je pense que le juge va trancher clairement en notre faveur, c’est évident ».

« Depuis le jugement du 14 mai, les salariés ont été informés que leur grève est illicite. Or, dès lors que la grève est illicite, il n’y a plus grève : la faute grave suffit donc pour licencier », a soutenu de son côté Me Arnaud Blanc De la Nault, l’avocat de l’opérateur Smovengo, joint par téléphone.

« Je ne vois pas comment le constat des prud’hommes pourrait trancher différemment, sachant qu’il n’y a pas de grève licite, donc pas de grève du tout » a-t-il ajouté.

Plusieurs élus sont venus apporter leur soutien aux grévistes devant les locaux de Smovengo à Alfortville.

« C’est tout simplement honteux et illégal », a dénoncé la députée LFI Mathilde Panot ».

Danielle Simonnet, élue LFI au Conseil de Paris, a réclamé « la démission de Mme Baratti-Elbaz (présidente du syndicat mixte Autolib’-Vélib’), la démission de M. Christophe Nadjovski (maire adjoint de Paris en charge des transports) et la municipalisation de Vélib », que les pénalités imputées à l’opérateur Smovengo permettraient, selon elle, de financer.

Les syndicats se sont aussi dit « atterrés par l’attitude de la mairie de Paris », dénonçant une « faillite morale de la Ville ».

Le groupe LR et Indépendant du Conseil de Paris a jugé dans un communiqué « une transition bâclée » dont la maire Anne Hidalgo, devrait « assumer les responsabilités ».

Les salariés, quant à eux, espèrent une intervention de Mme Hidalgo pour une sortie durable de la crise.

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