Grève: certains secteurs d’activité commencent à souffrir

PARIS, 19 décembre 2019 (AFP) – La mobilisation contre la réforme des retraites entre dans sa troisième semaine, et certains secteurs d’activité commencent à souffrir de la grève. A commencer par le commerce et la restauration, pour lesquels la période des fêtes est cruciale.

Si la grève durait « pendant toutes les vacances de Noël » et restait « aussi intense », l’Insee pourrait peut-être revoir « en légère baisse » sa prévision de croissance, a averti lundi l’institut statistique, estimant qu’il était encore trop tôt pour avoir une estimation macroéconomique de l’impact de la grève.

Alerte rouge pour le commerce parisien

Les commerçants ont accusé des baisses de chiffres d’affaires de 25% à 30% en région parisienne la semaine dernière, « sur une base de comparaison déjà faible en raison des +gilets jaunes+ l’an dernier », selon Procos, la fédération du commerce spécialisé.

Le Conseil du commerce de France (CdCF) a quantifié la chute d’activité à 20% en Ile-de-France, tous secteurs confondus, avec des métiers particulièrement touchés: parfumeurs, magasins de jouets, chocolatiers. En revanche, « dans les grandes villes de province, l’activité se poursuit, pas de manière euphorique certes, mais c’est stable », a indiqué William Koeberlé, le président de l’organisme.

Dans ce contexte, la secrétaire d’Etat Agnès Pannier-Runacher a appelé jeudi à une trêve pour Noël et a invité les Français à aller chez les « commerçants de proximité ». « C’est le moment de leur tendre la main », a-t-elle souligné.

Le commerce en ligne n’est pas à la fête pour autant. Selon la fédération du secteur (Fevad), qui a sondé une trentaine de sites de e-commerce parmi les plus importants, sur la période du 5 au 9 décembre, leur chiffre d’affaires était en recul de 4% par rapport à l’an dernier, sur une base déjà faible, le mouvement des « gilets jaunes » n’ayant pas bénéficié aux ventes en ligne.

Restauration, hôtellerie: activité en berne

Au plan national, depuis le début du mouvement social, « on est à -30% de chiffre d’affaires pour les hôtels, -35% pour les traiteurs-organisateurs de réceptions, -40% pour les cafés-bars et -45% pour les restaurants, selon une enquête à laquelle environ 6.000 de nos adhérents ont répondu », a rapporté Franck Trouet, porte-parole du syndicat GNI-Synhorcat.

La situation est notamment « catastrophique à Paris », a indiqué lundi Franck Delvau, coprésident pour Paris et l’Ile-de-France de l’Union des métiers et industries de l’hôtellerie (Umih). « Non seulement plus aucun événement, conférence, séminaire… ne va se tenir d’ici à la fin de l’année, mais il y a un nouveau phénomène: nous n’avons plus du tout de réservations », a-t-il affirmé.

L’Umih a demandé mercredi à la maire de Paris, Anne Hidalgo, d’accorder « la gratuité complète des droits de terrasse pour les cafés et restaurants pour les deux mois de décembre et de janvier qui auront été les plus pénalisants ».

Face aux difficultés du secteur et à celles du commerce, le gouvernement a déjà décidé de réactiver certaines mesures d’aides déjà utilisées lors du mouvement des « gilets jaunes ».

La logistique se fissure

Les blocages et arrêts de travail ont un « impact catastrophique » sur le secteur des transports et de la logistique, s’est alarmée mercredi l’Union des entreprises transport et logistique de France (TLF). Transport routier, maritime, fret ferroviaire: « l’ensemble de la chaîne » est touchée, a expliqué l’organisation qui n’a toutefois pas donné de chiffres.

« Cette grève aura des incidences très fortes sur le long terme pour nos entreprises », a estimé son président, Eric Hémar.

La situation est en particulier « alarmante » dans les ports, où la grève est « très suivie » par les personnels chargés de la manutention, les éclusiers et les sociétés de remorquage, selon l’Union TLF, pour qui la congestion des terminaux a entraîné le détournement des navires vers d’autres ports.

Ce constat est partagé par six organismes représentant la filière qui affirment dans un communiqué commun que la chaîne logistique portuaire est en « péril économique ».

Carburant, courrier, billets peu affectés

Les expéditions de certaines raffineries ont été affectées par la grève, tandis que des manifestants tentaient de bloquer certains dépôts. « Mais on est très très loin d’une pénurie », a assuré Francis Duseux, président de l’Union française des industries pétrolières (Ufip), qui dénombrait seulement 170 stations-service (sur 11.000) en rupture d’un ou plusieurs produits mardi soir.

En ce qui concerne La Poste, les mouvements sociaux ont un impact limité sur son activité. « Toutes les équipes sont mobilisées en cette période de fin d’année pour livrer tous les colis de Noël à temps au pied du sapin », a déclaré une porte-parole du groupe.

De son côté, la Banque de France est « extrêmement vigilante » concernant l’approvisionnement des distributeurs automatiques de billets (DAB), dont la situation reste à ce stade « satisfaisante », a expliqué à l’AFP Christophe Baud Berthier, directeur des activités fiduciaires de l’institution.

bur-vac/tq/cbn