Grève « contre la fermeture » de la dernière usine française Banania/Benco

LILLE, 22 février 2019 (AFP) – Les salariés de l’usine Nutrimaine, dernière productrice des poudres chocolatées Banania et Benco à Faverolles (Somme), étaient en grève vendredi à l’appel de la CGT pour « protester contre la fermeture du site », qui menace 40 emplois, a-t-on appris de sources concordantes.

« La direction veut fermer l’usine d’ici fin mars » et probablement « délocaliser la production en Allemagne », chez l’actionnaire majoritaire depuis 2010, le groupe Krüger. La « totalité du personnel » est donc en grève « pour sauver nos emplois, sauver nos marques et garder notre site de production à Faverolles », a expliqué à l’AFP Franck Bizet, délégué CGT et membre du comité social et économique (CSE).

« On aimerait que Krüger accepte de lâcher les marques à un autre groupe pour que l’outil industriel et les emplois restent en France », a-t-il poursuivi.

« Il ne s’agit pas d’un projet de délocalisation. L’entreprise souhaite dorénavant sous-traiter sa production, en France ou ailleurs », potentiellement au sein du groupe Krüger qui serait une option « logique », a indiqué un porte-parole de la direction, contacté par l’AFP.

Pour la direction, le « projet de fermeture du site », annoncé aux salariés en novembre, est « lié aux conditions économiques du marché du chocolat en poudre, dont la baisse structurelle de consommation régulière s’est accélérée ces dernières années (-27% en huit ans et -7,7% en 2018) ».

Les deux marques ont entrepris « une stratégie de diversification », afin de « s’adapter aux nouveaux modes de consommation des Français », qui consomment de plus en plus de pâte à tartiner, biscuits ou lait prêt à boire, et « moins de poudre chocolatée », précise ce porte-parole.

La direction souligne aussi la « vétusté » de l’usine, « construite en 1972 pour produire 20.000 tonnes de poudre chocolatée par an et qui en produit aujourd’hui 7.700 tonnes ». Mais elle « travaille avec les autorités », notamment pour « rechercher un éventuel repreneur pour le site » et « des partenariats dans la région pour sous- traiter des productions de produits dérivés ».

Selon la préfecture de la Somme, « plus d’une centaine d’entreprises ont été approchées par Nutrimaine au cours des trois dernières semaines, avec cinq visites effectives par des repreneurs potentiels. »

« Malgré les atouts du site, aucun projet concret de reprise n’a pu être identifié à ce stade », ajoute la préfecture dans un communiqué diffusé à l’issue d’une réunion entre l’Etat et la direction.

Pour Franck Bizet (CGT), « la fermeture ne se justifie pas »: l’usine Banania-Benco « a une profitabilité annuelle de 9% » et « une contre-expertise du CSE a montré qu’elle n’est pas aussi vétuste que le dit la direction ». Cette fermeture « est une stratégie de Krüger, qui veut faire remonter son chiffre d’affaires et rentabiliser son site de production en s’accaparant nos marques », a-t-il jugé.

Une nouvelle réunion devrait avoir lieu début mars.

eva-jpa/eb