Grève salariale à Air France: la direction fait un pas, encore loin pour les syndicats

PARIS, 16 avril 2018 (AFP) – A la veille d’une huitième journée de grève pour les salaires, Air France a proposé lundi un projet d’accord final prévoyant une augmentation de 2% immédiatement et une hausse de 5% sur trois ans, encore loin des revendications syndicales.

Cet accord mis sur la table à l’issue d’une nouvelle journée de négociations, après deux jours de discussions jeudi et vendredi, est soumis à signature jusqu’à vendredi 12h00, a-t-on précisé de mêmes sources.

Il s’agit de propositions « fortes et économiquement soutenables », souligne la direction de la compagnie aérienne dans un communiqué. L’intersyndicale réclamait initialement 6% en 2018 au titre des efforts passés et des bons résultats de l’entreprise, une revendication qu’elle a ramenée lundi à 5,1%.

Ce pas de la direction pour tenter de trouver une issue au conflit en cours depuis février intervient à la veille de deux nouvelles journées de grève, mardi et mercredi, deux autres étant déjà programmées la semaine prochaine, les 23 et 24 avril.

La compagnie prévoit d’assurer mardi globalement 70% de ses vols, mais seulement 55% de ses long-courriers. Seul le premier jour de grève, le 22 février, avait vu les long-courriers plus impactés, avec 50% des vols assurés.

Air France anticipe le maintien de 65% de ses vols moyen-courriers au départ et vers Paris-Charles de Gaulle, ainsi que 80% de ses vols court-courriers à Paris-Orly et en province.

– « Pacte » sous conditions –

Pour sortir du conflit, la direction avait proposé vendredi une augmentation générale de 2% en 2018, contre 1% initialement prévu, ainsi qu’une hausse de 3,6% sur la période 2019-2021.

Pour 2018, l’augmentation de 2% serait effective immédiatement, au 1er avril, et non plus en deux temps.

Quant à la hausse des grilles salariales de 5% sur trois ans (2019-2021), elle se déclinerait à hauteur de 1,65% par an, avec un plancher de 40 euros mensuel.

« Avec cet accord, les salaires seraient augmentés, en moyenne sur la période, de 12,5% », souligne Air France, en comptant une augmentation générale de 7% pour toutes les catégories de personnel et des augmentations individuelles (ancienneté, promotions…).

Mais ce « pacte de croissance pour l’avenir » est soumis à condition. Les augmentations prévues seraient adaptées « dans le cas où le résultat d’exploitation d’Air France serait inférieur à 200 millions d’euros » et une clause de revoyure appliquée « en cas d’inflation plus élevée ou de résultat négatif », précise la compagnie aérienne.

La direction « a rejeté notre main tendue de 5,1% pour 2018 », a réagi Karim Taïbi de FO. « Elle veut imposer un accord de modération salariale sur trois ans », a abondé Jérôme Beaurain (SUD Aérien).

Plus tôt dans la journée, l’intersyndicale avait fait, « dans une recherche d’équilibre et d’écoute », une proposition de 5,1% en deux temps (+3,8% en avril et +1,3% en octobre), basée sur l’inflation reconnue par la direction, précisait-elle dans un communiqué.

Pour l’intersyndicale de pilotes (SNPL, Spaf, Alter), d’hôtesses et stewards (SNPNC, Unsa-PNC, CFTC, SNGAF) et de personnels au sol (CGT, FO et SUD), cette proposition permettait une « sortie de conflit ». « La refuser serait parfaitement irresponsable de la part de la direction », ajoutait-elle.

L’intersyndicale devrait se réunir au plus tard jeudi.

La direction « a monté ce projet d’accord toute seule dans son coin », a ajouté M. Beaurain lundi soir, en dénonçant un « dialogue de sourds ».

Selon la compagnie, en incluant les journées de mardi et mercredi, le coût des grèves, qui « mettent en péril l’avenir de la compagnie », s’élève à 220 millions d’euros.

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